Dans le cadre de sa chronique sur la spiritualité en Islam, Raphaël Feur s’interroge sur le sens de la pratique musulmane. La foi en Dieu se réduit-elle uniquement à un ensemble de règles et de lois ?
tres intéressant ! j’ai hate de voir la prochaine chronique de monsieur raphael feur, qui j’espere sera un des chroniqueurs les plus réguliers sur oummatv.
La foi en Dieu est une expression du coeur sincère qui ne se mesure pas aux nombres de règles respéctées. M. Feur, vos propos sonnent justes et claires.
La croyance en Dieu a pour but de conduire au dégré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du cœur, conduirait à la sincérité spirituelle (ikhlâs) , celle par laquelle "on connaît", par laquelle "on voit". Celui qui parvient à ce but - le musulman -, après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) - ou plutôt l’ayant domestiqué - et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, accède au degré recherché de connaissance de Dieu, et n’agit que par adoration de Lui ainsi qu’Il l’a dit : « Mon Serviteur ne s’approche de Moi par rien que J’aime plus que les actes que Je lui ai prescrits ; puis Il ne cesse de s’approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit… » (Hadith qudsî rapporté par Al-Boukharî)
En effet, prier sans avoir préparer le cœur est comme semer sur une terre non défrichée. Il faut apprendre à se prédisposer afin de recevoir la Présence divine. Je ne dis pas conformer le cœur car j’aurai peur que l’on comprenne qu’il doive s’identifier à une forme particulière. En effet en arabe, cœur se dit "qalb ", mot dont la racine évoque la notion de mutation, de transformation continuelle.
Le maître soufi Ibn Arabi souligne en ce sens l’analogie de ce cœur qui bat à chaque instant en relation avec notre souffle, avec le renouvellement permanent de la création et le renouvellement permanent des théophanies de la Présence divine qui assaille les profondeurs de l’être par une multitude de lumières, de secrets et de formes toujours nouvelles.
Ce cœur, organe de vision, est destiné à la contemplation, par une expérience spirituelle qui transcende les " credo " projetés par les pensées ou les croyances limitatives. Prier c’est donc apprendre à ce cœur cette capacité de reconnaître où qu’il se tourne, la Face de Dieu, ce qu’enseigne le Coran :
La spiritualité est une dimension incontournable de la religiom musulmane. La difficulté pour l’homme ordinaire, c’est que le monde et ses plus petits détails de chaque instant sollicite sa conscience, l’investissant avec tyrannie. Or il ne s’agit pas de quitter le monde mais au contraire de l’assumer de l’aimer, de le comprendre et de participer à sa transformation selon la place qui nous a été donnée depuis toujours par la Sagesse divine. Cet influx de miséricorde qui nous conduit à l’instar de la sève à nous transformer, nous conduit aussi dans la même mesure à une permanente intercession envers toutes les créatures dont nous sommes solidaires comme les particules d’un même corps. Notre place est aussi belle que toutes les autres places car elle porte une part de la lumière.
L’Imam Ghazali définit le dhikr (l’invocation) comme une sorte de jeûne du Coeur, un combat spirituel qui consiste à "faire disparaître les défauts, à couper tous les liens et à s’approcher de Dieu le Trés-Haut par une parfaite application spirituelle". Et il ajoute " qu’ il est seulement au pouvoir du croyant de s’y préparer par la purification qui dépouille...". La purification de toutes les fausses idoles qui nous habitent et du regard d’autrui permet de ne s’attacher qu’au seul regard divin. Au-delà des réponses légales à un certain nombre de problèmes, issues du Coran ou de la coutume prophétique, il s’agit ici de savoir comment se comporter face aux multiples situations de la vie quotidienne, dans une recherche permanente de l’attitude juste
Je ne connaissais pas du tout Raphaël Feur, c’est un plaisir de l’écouter, nous rapporter des propos pleins de sagesse et de vérité. J’espère le voir plus souvent sur Oumma Tv. Bon Ramadan. Ma’a Salam.
Et bien cher frère Raphael, cette vidéo m’a donné l’occasion de fréquenter quelqu’un qui m’a rapproché de l’essentiel en ce Généreux mois de Ramadan. Qu’Allah rend nombreux des musulmans comme toi pour renouveller la vision que nous avons de l’Islam.
Baraka Allahu fiik.
yassi7 iftarkoum insha’Allah.
Merci beaucoup. C’est une intervention d’une grande profondeur comme on aimerait en entendre plus souvent. Loin des discours habituels si réducteurs de notre belle religion.
salem aleykoom.chacun de nous connait les principes de l’islam les 5 piliers,le coran la parole de dieu et les hadiths les dires du prophete(pbsl),donc l’adoration d’un dieu unique sans rien lui assoçier,et la confiance en toute cause au dernier sceau des prophetes pour son enseignement et ses paroles,se raprocher de dieu est un experience a chacun on peut etre son ami intime si nous le desirons de nous meme en se consacrent plus que d’habitude a son adoration peut-etre nous sera t-il reconnaissant par sa misericorde.
Bonne intervention mais toujours aussi ambiguë... on ne sait pas trop si le mauvais musulman est un vulgaire pratiquant et le bon musulman un mystique peu soucieux de pratique....
Des propos d’une grande sagesse partagés avec simplicité en ce mois de Ramadan... et c’est une joie que de les entendre.
Les rites et la apparences trompent peut-etre notre prochain mais ne tromperont jamais Allah qui voit dans nos coeur.
Un grand merci à Raphaël Feur pour cette intervention.
Bon Ramadan à tous !
Wallâhu A’lam
Bonne intervention mais toujours aussi ambiguë... on ne sait pas trop si le mauvais musulman est un vulgaire pratiquant et le bon musulman un mystique peu soucieux de pratique....
Cher internaute, ce qu’a essayé de démontrer M. Fleur, c’est que justement il n’y a pas de bons ou de mauvais musulmans, personne ne peut juger sauf dieu.
Il n’y a que des musulmans tout court qui ont une relation avec l’inexpliqué. Le plus important est cette relation et non ce que les autres peuvent penser de vous et de votre pratique.
Un croyant pratiquant est un joueur : il fait le pari qu’il y a une autre vie après la mort. Pour cela il ampute plus ou moins la première vie, dont il ne jouit pas ou peu, pour préparer la seconde (Jeûnes, prières multiples et mortifications diverses, apprentissages par coeur). Sans preuves, est-il raisonnable de courir le risque de ne vivre ni la première ni la deuxième vie ?
Intervention très intéressante.
Dans l’histoire qui est citée au début, il s’agit du compagnon ’Omar qui fait la remarque sur l’exécution de la prière. ’Omar était connu pour son caractère particulièrement rigoureux.
Non, la croyance est réponse à un besoin : celui de donner un sens à son existence. La croyance n’est pas besoin, elle est réponse. Vous pouvez alors objecter qu’elle n’est que réponse à un besoin de sécurité (le désir d’être rassuré). Peut-être.... mais quand on aborde la profondeur des grands mystiques, quand on se penche sur la poésie d’un Rainer Maria Rilke, quand on s’intéresse à des exemples historiques ( Jeanne d’Arc, l’Emir AbdelKader...), peut-on continuer à soutenir que la croyance ne répond qu’au besoin d’être rassuré ? Ne cache-t-elle pas quelque chose d’autrement plus profond ?....et d’autrement plus complexe ? Questions.....
Dans un propos digne d’une cour de récréation de cm2, l’inévitable Reno s’imagine réinventer, à défaut de l’eau tiède, le fameux "pari de Pascal". Pour votre gouverne, le mathématicien (et inventeur du calcul des probabilités) Pascal (1623-1662), répond par l’affirmative à votre question. Pascal était donc, quelque part (comme disent les psychanalystes), musulman.
Cher Waglioni, on ne peut que s’étonner qu’un génie comme Pascal ait succombé à la tentation de croire. C’est dire le pouvoir de persuasion de la religion malgré ses horreurs. La raison s’efface devant le besoin. Il faut cependant considérer l’ambiance de son siècle, fait d’intransigeance religieuse, tout comme au siècle précédent, le tout nous donnant comme d’habitude quelques beaux massacres.
Cher Waglioni, nous ne voudrions pas, s’il vous plaît, retourner en arrière. Pouvez-vous en parler autour de vous ?
Je remercie le frère pour son intervention, et la générosité de ses propos. Il prend le temps de s’expliquer davantage. Ce n’est en effet pas facile tant les sentiments relèvent souvent de l’ineffable, de l’inexprimable...ou du moins difficilement exprimables.
L’"ambiguïté" soulevée par certains commentateurs vient à mon sens du paradoxe apparent entre d’une part le titre qui laisse croire a priori qu’il s’agirait d’un ensemble de rites physiques, etc., et d’autre part le contenu du discours qui traite de "l’essentiel", de l’essence de la religion.
Mais ce paradoxe n’est qu’apparent, et je pense qu’il a été voulu pour briser l’idée reçue relative à notre religion, à savoir qu’elle ne serait qu’un ensemble de règles rigoureuses régissant nos rites religieux (excusez ma cacophonie, elle est peut être à la hauteur de l’idée reçue).
Autrement dit, un musulman pratiquant est d’abord un croyant qui saisit le sens de ses pratiques religieuses. Tel est à mon avis le message du frère.
Mais attention, que l’on ne s’y trompe pas, si certains musulmans réduisent malheureusement notre religion à des pratiques dépourvues de sens, cela ne nous donne pas le droit de douter de l’intérêt de ces pratiques (si bien évidemment elles émanent de l’enseignement religieux). Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Salam, je voudrai ajouter que Aboubaker (pbsl) etait plus croyant non pas du fait qu’il priais plus ou jeunais plus, mais parce qu’il croyais comme si il voyait, il avait la certitude, il savait qu’il devait plaire a Allah avant tout.
Reno a dit :
« Cher Waglioni, on ne peut que s’étonner qu’un génie comme Pascal ait succombé à la tentation de croire. »
Mais, Reno, croire n’est pas une tentation, c’est une démarche, encore une fois, une démarche complexe qui nécessite une implication complète de l’esprit pour la saisir en sa profondeur. Maintenant, s’il y a étonnement de votre part, c’est qu’il y a incompréhension, ce qui peut être à la fois entendu et respecté. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le jugement que vous émettez sur ce que vous ne comprenez pas. C’est pourrait-on dire, sans volonté de faire de l’ironie, dommage.
Vous poursuivez : « La raison s’efface devant le besoin. » Besoin de croire, je présume. Or, il y a méprise sur la notion de besoin (voir mon précédent post). L’homme, Pascal en l’occurrence, n’était pas aux prises avc le besoin de croire mais avec le besoin de sens. Et oui, alors nous sommes d’accord, la raison et impuissante à faire émerger le sens d’où son effacement.
Voilà ce qu’on pouvait vous répondre succintement. Je vous souhaite maintenant, non de longues plages de sable fin, mais de longues plages de réflexion, infiniment meilleures pour les hommes faillibles que nous sommes tous.
Respectueusement
Cher Reno, je vous remercie de revenir sur le sujet de Pascal. Pascal justement précisait que "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point." Aussi il est totalement vain de vouloir cerner le phénomène religieux (au sens de relation personnelle au divin), à l’aide d’outils "rationnels" classiques. Par contre, et je vous rejoindrais là-dessus, la religion au sens de religion instituée, est un phénomène social qui, lui, est redevable de toutes les analyses possibles que peut fournir l’appareil critique de la raison la plus classique. C’est d’ailleurs bien ce qui anime souvent les débats que nous avons ici même sur Oumma.com, aussi je ne vous ai pas attendu pour en parler "autour de moi".
Par son "pari", Pascal montre bien qu’il ne s’inscrit pas vraiment dans une pensée chrétienne, mais véritablement musulmane. En effet, le christianisme s’est constitué sur la certitude de l’incarnation du divin. Pour un chrétien, il y a des preuves. Pas besoin de pari. Par contre, pour un musulman, le divin n’est pas atteignable, il ne s’incarne pas, il peut donc faire l’objet d’un pari, du pari pascalien. Et, même sans parler de l’espérance, fût-elle mathématique, le pari pascalien est d’emblée gagnant pour celui qui a éprouvé "ici et maintenant" la relation personnelle au divin.
Bonjour Waglioni
J’ai lu votre post et l’idée de preuve constituée autour du divin dans le christianisme soulève des interrogations. En effet, si preuve il y a au sein de cette religion, comment expliquer la désaffection des générations actuelles à son égard ? Les parents, ainsi que les personnes en charge de l’éducation religieuse devraient voir leur mission facilitée puisque que leur message a un caractère prouvé... Or, il s’avère que non. La société s’éloigne de sa religion.
Partant de là, ce que vous désignez comme preuve semblerait davantage correspondre à la notion de dogme.
Par ailleurs, rien ne permet d’affirmer que Pascal ait été musulman. Il était croyant, c’est certain (« Joie, joie, pleurs de joie »), mais un croyant hors conventions, car sa foi ne s’enracinait pas (en fin de vie) dans un message exotérique mais dans une révélation intime à caractère mystique ( sa nuit de feu). En l’état, cela ne fait pas de de lui un homme rattaché au message de notre Prophète (SWS). Mais cela en fait certainement un homme d’une haute élévation spirituelle. D’où la valeur de son pari dont la portée est universelle, car ce pari interpelle chacun sur la question de la vie et de la mort.
Voilà juste quelques idées rapides qui telles quelles peuvent être débattues (rien de dogmatique là-dedans....)
A bientôt peut-être !
(tentative de) réponse au questionneur : en effet, cela ne vous a pas échappé, il n’y avait pas écrit "musulman" sur la carte d’identité de Pascal. Or pourtant, pour oser son "pari", il est clair (pour moi) que Pascal se tient bien plus près du point de vue de l’Islam que de celui du christianisme. Et non plus que de “preuves”, s’entendent pour ceux qui ont telle croyance, il n’est question ici de dire que le christianisme possède des preuve de ce qu’il enseigne, mais qu’il le donne comme prouvé, avéré, attesté. Alors ces "preuves", on les prend comme telles, sans les discuter, si l’on est chrétien, et par dessus tout, le récit de l’incarnation du divin. C’est là en effet le dogme de cette religion. Mais si l’on est musulman, on se garde bien de ne serait-ce qu’effleurer cette idée.
"croyant hors conventions", je retiens la formule.
Merci de votre réponse Waglioni.
Je tente à mon tour une réponse car je trouve cet échange d’idées intéressant, (d’où mon remerciement).
Vous écrivez : “ces "preuves", on les prend comme telles, sans les discuter, si l’on est chrétien, et par dessus tout, le récit de l’incarnation du divin.” Je comprends par là (mais je peux me tromper), que le dogme chrétien annulerait la dimension du doute. Ceci constituerait l’idée force qu’il faut retenir. D’où, effectivement l’inanité du pari auprès des chrétiens et le « rapatriement » de Pascal chez les musulmans pour lesquels le doute existe (je cite votre expression:pour un musulman, le divin n’est pas atteignable). Ce qui nous ramène à la nécessité de convaincre.
Je dois confier que je ne souscris pas à cette lecture du pari pascalien, en conséquence de quoi, je me permets de risquer une autre analyse. L’existence (ou la non-existence) du doute n’est pas fonction de la religion pratiquée, mais fonction du degré d’élévation de la compréhension du message révélé, et cela indépendamment de la religion concernée. Ce qui redistribue la notion de doute parmi les trois monothéismes, dans leurs degrés inférieurs. Et ce qui, dans les degrés supérieurs, autorise une mystique aussi bien en Islam que chez les religions soeurs (qui reconnaissent Abraham, l’Ami d’Allah, Exalté soit-Il). Cette analyse opère un déplacement d’une vision comparative des religions sur une base horizontale (celle qui doute et celle qui ne doute pas) à une lecture transversale du fait religieux selon un axe vertical (le doute serait universel et contiendrait des degrés).
Point besoin alors, de voir en Pascal un musulman. Au contraire, de par le partage du doute entre tous les hommes, son pari intéresse l’humanité entière et engage tout un chacun dans sa responsabilité d’homme.
Une précision, néanmoins:cette analyse ne sous-entend pas que toutes les religions fusionnent dans un grand amalgame indistinct. Il est important de ne pas confondre les messages, mais il est d’égale importance de tous les respecter dans leurs différences, et de ne pas leur refuser, me semble-t-il, ce à quoi ils ont droit.
Ceci n’est bien sûr qu’un point de vue qui n’a pas pour mission de s’imposer coûte que coûte.... Laissons la réflexion aller là où elle doit aller. Il est bon, parfois, de pratiquer le lâcher prise....
Respectueusement
Cher Just, l’autre compréhension que vous avez du pari pascalien ne me convient pas. Elle est trop générale, et tend à l’indifférence (de toutes les religions entre elles) comme d’ailleurs vous en percevez le risque. Non, je maintiens la version "islamique" du pari, du doute mis en pari. Car certes le doute est universel, mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de savoir si le doute s’inscrit dans telle ou telle croyance. Et la situation se résume bien à votre expression :
« Je comprends par là (mais je peux me tromper), que le dogme chrétien annulerait la dimension du doute. Ceci constituerait l’idée force qu’il faut retenir. D’où, effectivement l’inanité du pari auprès des chrétiens et le « rapatriement » de Pascal chez les musulmans pour lesquels le doute existe (je cite votre expression : pour un musulman, le divin n’est pas atteignable). »
Une réflexion que vous complétez par un
« Ce qui nous ramène à la nécessité de convaincre. »
dont je peine à voir la pertinence. Mais revenons au doute et à son pari dans le cadre musulman. Il n’est pas indifférent de savoir que le "triangle de Pascal", qui permet de calculer les coefficients du développement des puissances successives du binôme, si utile pour calculer les nombres, respectivement, des cas favorables et de ceux possibles dans les "parties" de jeu, et dont le quotient représente une probabilité, ce fameux triangle fut d’étude intensive par les mathématiciens de la sphère islamique, avant Pascal (et par ceux, chinois, dans des temps encore antérieurs). Ce que je veux rappeler, c’est que la spéculation est une sorte de spécialité orientale, que le Coran nous y invite à chaque syllabe, et que le "doute mis en pari" en est une belle illustration.
Salam à tous,
Un grand merci à Raphael FEUR, de cette intervention bien pertinente et d’actualité en ce moment de grands conflits inter-musulmans, inter-courants, inter-ethni et rithes voir inter-pratiques ! Voilà comment je perçois ce message. Les différentes pratiques de la réligion et interprétations des musulmans importent peu. ALORS pourquoi tous ces conflits, haines et guerres. Sunnites/Chiites ; Wahabite, malikite ; Hanbalite, Chafiite, Ibadites..etc
Nous avons vraiment besoin de voies de la sagesse, raison et médiation pour s’unir autour des fondamentaux de bon sens !
L’ouverture, tolérance et diversité font la richesse de la oumma..
Raphael Feur donne de cas d’école intéressants..
salam
Bonjour waglioni,
Je vous rejoins sur le fait que Pascal a abordé la question du salut sous l’angle de la spéculation a partir d’une équation d’ordre rationnel (l’éternité contre cette vie). Cela peut s’expliquer par le fait que les hommes ne s’élevent que très rarement à un niveau purement contemplatif. De ce fait, Pascal a dû composer avec les limites humaines et s’adresser à l’outil intellectuel qui permet chez l’homme une réflexion arbitrée : la raison. Faute de grives, on mange des merles dit-on.... car nous pouvons concéder que choisir rationnellement entre le paradis et l’enfer n’est qu’un pis-aller.... Il serait naturellement tellement plus simple de faire son choix en connaissance de cause : mais alors nous aurions quitté la sphère spéculative pour celle du "goût", où le doute s’abolit pour laisser place à ce que les soufis appellent la certitude. Ce n’est pas donné à tous les hommes.
Maintenant, là où nos réflexions divergent, c’est sur la place attribuée à la spéculation dans la pensée de Pascal. De mon point de vue, l’importance de cette place est à relativiser. En effet, le philosophe fait une utilisation ancillaire de la raison. Il a mis son pari spéculatif au service de sa certitude d’un au-delà, au service de la réalisation du salut des hommes. En d’autres termes, il a placé la pensée spéculative au service du sacré. C’est une hiérarchie subtile qui n’enferme pas le philosophe sur sa raison mais au contraire la dépasse pour ouvrir sur l’infini. Donc, je peux dire que je saisis en Pascal un horizon beaucoup plus vaste et pénétrant que celui de la spéculation pure et simple. Et à ce titre, le pari de Pascal continue de m’apparaitre comme universel car ouvert sur l’homme en sa totalité. Pari profondément spirituel.
Voilà quelques idées qu’il m’apparaissait intéressant d’émettre. Il y a certainement d’autres choses à dire.... A votre libre inspiration !
Cordialement
reno dites moi ce que jouir de la vie signifie pour vous et en quoi nous ne vivons pas ou très peu ???soyez claire.
de plus le joueur c vous et non les croyants.
vous vous tenez sur rien et vivez comme si il n’y avait rien apres c votre pari pas le notre !!!!!alors qu’est ce que veut dire jouir de la vie ???
merci pour cette intervention, ce que je retiens surtout c’est cette tentative de toucher à l’essentiel au but final qui est l’ultime degré de la foi en dieu à travers cette relation direct et sincere avec son créateur, relation exempt de tout opportunisme, appartenace et apparence .
Commentaires
Merci Raphaël pour ce partage qui réchauffe le cœur. Bon mois de Ramadan à toi également. Romain.
tres intéressant ! j’ai hate de voir la prochaine chronique de monsieur raphael feur, qui j’espere sera un des chroniqueurs les plus réguliers sur oummatv.
Merci Raphel Feur pour ce rappel qui démontre que notre religion est d’une grande profondeure.
La foi en Dieu est une expression du coeur sincère qui ne se mesure pas aux nombres de règles respéctées. M. Feur, vos propos sonnent justes et claires.
Remarquable vos propos Raphael Feur
La croyance en Dieu a pour but de conduire au dégré de l’excellence de la foi et du comportement (al-ihsân) qui, par la purification du cœur, conduirait à la sincérité spirituelle (ikhlâs) , celle par laquelle "on connaît", par laquelle "on voit". Celui qui parvient à ce but - le musulman -, après avoir mené le grand combat, dépouillé de son individualité (ego) - ou plutôt l’ayant domestiqué - et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, accède au degré recherché de connaissance de Dieu, et n’agit que par adoration de Lui ainsi qu’Il l’a dit : « Mon Serviteur ne s’approche de Moi par rien que J’aime plus que les actes que Je lui ai prescrits ; puis Il ne cesse de s’approcher de Moi par les œuvres surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime. Et lorsque Je l’aime, Je suis l’ouïe par laquelle il entend, la vue par laquelle il voit, la main par laquelle il saisit… » (Hadith qudsî rapporté par Al-Boukharî)
En effet, prier sans avoir préparer le cœur est comme semer sur une terre non défrichée. Il faut apprendre à se prédisposer afin de recevoir la Présence divine. Je ne dis pas conformer le cœur car j’aurai peur que l’on comprenne qu’il doive s’identifier à une forme particulière. En effet en arabe, cœur se dit "qalb ", mot dont la racine évoque la notion de mutation, de transformation continuelle.
Le maître soufi Ibn Arabi souligne en ce sens l’analogie de ce cœur qui bat à chaque instant en relation avec notre souffle, avec le renouvellement permanent de la création et le renouvellement permanent des théophanies de la Présence divine qui assaille les profondeurs de l’être par une multitude de lumières, de secrets et de formes toujours nouvelles.
Ce cœur, organe de vision, est destiné à la contemplation, par une expérience spirituelle qui transcende les " credo " projetés par les pensées ou les croyances limitatives. Prier c’est donc apprendre à ce cœur cette capacité de reconnaître où qu’il se tourne, la Face de Dieu, ce qu’enseigne le Coran :
La spiritualité est une dimension incontournable de la religiom musulmane. La difficulté pour l’homme ordinaire, c’est que le monde et ses plus petits détails de chaque instant sollicite sa conscience, l’investissant avec tyrannie. Or il ne s’agit pas de quitter le monde mais au contraire de l’assumer de l’aimer, de le comprendre et de participer à sa transformation selon la place qui nous a été donnée depuis toujours par la Sagesse divine. Cet influx de miséricorde qui nous conduit à l’instar de la sève à nous transformer, nous conduit aussi dans la même mesure à une permanente intercession envers toutes les créatures dont nous sommes solidaires comme les particules d’un même corps. Notre place est aussi belle que toutes les autres places car elle porte une part de la lumière.
Tout à dit dans cette intervention de M. Feur. Nous devons tous en prendre de la graine. Merci à vous Raphaël Feur.
Beaucoup d’éléguance, de maturité et de sincérité dans la démonstration de Raphael Feur.
Brillant R. Feur, vraiment brillant.
L’Imam Ghazali définit le dhikr (l’invocation) comme une sorte de jeûne du Coeur, un combat spirituel qui consiste à "faire disparaître les défauts, à couper tous les liens et à s’approcher de Dieu le Trés-Haut par une parfaite application spirituelle". Et il ajoute " qu’ il est seulement au pouvoir du croyant de s’y préparer par la purification qui dépouille...". La purification de toutes les fausses idoles qui nous habitent et du regard d’autrui permet de ne s’attacher qu’au seul regard divin. Au-delà des réponses légales à un certain nombre de problèmes, issues du Coran ou de la coutume prophétique, il s’agit ici de savoir comment se comporter face aux multiples situations de la vie quotidienne, dans une recherche permanente de l’attitude juste
Je ne connaissais pas du tout Raphaël Feur, c’est un plaisir de l’écouter, nous rapporter des propos pleins de sagesse et de vérité. J’espère le voir plus souvent sur Oumma Tv. Bon Ramadan. Ma’a Salam.
essalaam 3alaikoum.
Et bien cher frère Raphael, cette vidéo m’a donné l’occasion de fréquenter quelqu’un qui m’a rapproché de l’essentiel en ce Généreux mois de Ramadan. Qu’Allah rend nombreux des musulmans comme toi pour renouveller la vision que nous avons de l’Islam.
Baraka Allahu fiik.
yassi7 iftarkoum insha’Allah.
Merci beaucoup. C’est une intervention d’une grande profondeur comme on aimerait en entendre plus souvent. Loin des discours habituels si réducteurs de notre belle religion.
salem aleykoom.chacun de nous connait les principes de l’islam les 5 piliers,le coran la parole de dieu et les hadiths les dires du prophete(pbsl),donc l’adoration d’un dieu unique sans rien lui assoçier,et la confiance en toute cause au dernier sceau des prophetes pour son enseignement et ses paroles,se raprocher de dieu est un experience a chacun on peut etre son ami intime si nous le desirons de nous meme en se consacrent plus que d’habitude a son adoration peut-etre nous sera t-il reconnaissant par sa misericorde.
MAGNIFIQUE INTERVENTION RAPHAEL, CE FUT UN PLAISIR DE VOUS ECOUTER
Je suis comblé après avoir entendu des paroles aussi émouvantes. La foi en Dieu ne s’affiche pas , elle émane du coeur
Merci M. Feur
Bonne intervention mais toujours aussi ambiguë... on ne sait pas trop si le mauvais musulman est un vulgaire pratiquant et le bon musulman un mystique peu soucieux de pratique....
Salam alaykoum,
Alors cher sidi Hicham tu passe sur Oumma.com et tu ne me tiens pas au courant...
J’espère que tu va bien sidi.
Des propos d’une grande sagesse partagés avec simplicité en ce mois de Ramadan... et c’est une joie que de les entendre.
Les rites et la apparences trompent peut-etre notre prochain mais ne tromperont jamais Allah qui voit dans nos coeur.
Un grand merci à Raphaël Feur pour cette intervention.
Bon Ramadan à tous !
Wallâhu A’lam
Bonne intervention mais toujours aussi ambiguë... on ne sait pas trop si le mauvais musulman est un vulgaire pratiquant et le bon musulman un mystique peu soucieux de pratique....
Cher internaute, ce qu’a essayé de démontrer M. Fleur, c’est que justement il n’y a pas de bons ou de mauvais musulmans, personne ne peut juger sauf dieu.
Il n’y a que des musulmans tout court qui ont une relation avec l’inexpliqué. Le plus important est cette relation et non ce que les autres peuvent penser de vous et de votre pratique.
Salem ’Alekum
Magnifique intervention, pleine de sincérité mais surtout du retourd à l’essenciel. Au plaisir de vous revoir. Bien fraternellement
Merci monsieur Feur pour cette trop courte et trop rare apparition sur OummaTV.
Beaucoup de sagesse dans vos propos si modestement exprimés.
Bon mois de Ramadan à tous.
Un croyant pratiquant est un joueur : il fait le pari qu’il y a une autre vie après la mort. Pour cela il ampute plus ou moins la première vie, dont il ne jouit pas ou peu, pour préparer la seconde (Jeûnes, prières multiples et mortifications diverses, apprentissages par coeur). Sans preuves, est-il raisonnable de courir le risque de ne vivre ni la première ni la deuxième vie ?
Un homme qui ne pense pas par lui-même ne pense pas du tout. (Oscar Wilde)
Merci et bravo pour cette trés belle intervention.
Intervention très intéressante.
Dans l’histoire qui est citée au début, il s’agit du compagnon ’Omar qui fait la remarque sur l’exécution de la prière. ’Omar était connu pour son caractère particulièrement rigoureux.
Reno a dit : « croire est un besoin » .
Non, la croyance est réponse à un besoin : celui de donner un sens à son existence. La croyance n’est pas besoin, elle est réponse. Vous pouvez alors objecter qu’elle n’est que réponse à un besoin de sécurité (le désir d’être rassuré). Peut-être.... mais quand on aborde la profondeur des grands mystiques, quand on se penche sur la poésie d’un Rainer Maria Rilke, quand on s’intéresse à des exemples historiques ( Jeanne d’Arc, l’Emir AbdelKader...), peut-on continuer à soutenir que la croyance ne répond qu’au besoin d’être rassuré ? Ne cache-t-elle pas quelque chose d’autrement plus profond ?....et d’autrement plus complexe ? Questions.....
Dans un propos digne d’une cour de récréation de cm2, l’inévitable Reno s’imagine réinventer, à défaut de l’eau tiède, le fameux "pari de Pascal". Pour votre gouverne, le mathématicien (et inventeur du calcul des probabilités) Pascal (1623-1662), répond par l’affirmative à votre question. Pascal était donc, quelque part (comme disent les psychanalystes), musulman.
Cher Waglioni, on ne peut que s’étonner qu’un génie comme Pascal ait succombé à la tentation de croire. C’est dire le pouvoir de persuasion de la religion malgré ses horreurs. La raison s’efface devant le besoin. Il faut cependant considérer l’ambiance de son siècle, fait d’intransigeance religieuse, tout comme au siècle précédent, le tout nous donnant comme d’habitude quelques beaux massacres.
Cher Waglioni, nous ne voudrions pas, s’il vous plaît, retourner en arrière. Pouvez-vous en parler autour de vous ?
Salamo’alaykoum wa rahmatollah wa barakatoh,
Ramadan mobarak à mes frères et soeurs.
Je remercie le frère pour son intervention, et la générosité de ses propos. Il prend le temps de s’expliquer davantage. Ce n’est en effet pas facile tant les sentiments relèvent souvent de l’ineffable, de l’inexprimable...ou du moins difficilement exprimables.
L’"ambiguïté" soulevée par certains commentateurs vient à mon sens du paradoxe apparent entre d’une part le titre qui laisse croire a priori qu’il s’agirait d’un ensemble de rites physiques, etc., et d’autre part le contenu du discours qui traite de "l’essentiel", de l’essence de la religion.
Mais ce paradoxe n’est qu’apparent, et je pense qu’il a été voulu pour briser l’idée reçue relative à notre religion, à savoir qu’elle ne serait qu’un ensemble de règles rigoureuses régissant nos rites religieux (excusez ma cacophonie, elle est peut être à la hauteur de l’idée reçue).
Autrement dit, un musulman pratiquant est d’abord un croyant qui saisit le sens de ses pratiques religieuses. Tel est à mon avis le message du frère.
Mais attention, que l’on ne s’y trompe pas, si certains musulmans réduisent malheureusement notre religion à des pratiques dépourvues de sens, cela ne nous donne pas le droit de douter de l’intérêt de ces pratiques (si bien évidemment elles émanent de l’enseignement religieux). Il ne faut donc pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Salam
Mouhib
Salam, je voudrai ajouter que Aboubaker (pbsl) etait plus croyant non pas du fait qu’il priais plus ou jeunais plus, mais parce qu’il croyais comme si il voyait, il avait la certitude, il savait qu’il devait plaire a Allah avant tout.
Merci pour la video
Salam
Reno a dit :
« Cher Waglioni, on ne peut que s’étonner qu’un génie comme Pascal ait succombé à la tentation de croire. »
Mais, Reno, croire n’est pas une tentation, c’est une démarche, encore une fois, une démarche complexe qui nécessite une implication complète de l’esprit pour la saisir en sa profondeur. Maintenant, s’il y a étonnement de votre part, c’est qu’il y a incompréhension, ce qui peut être à la fois entendu et respecté. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est le jugement que vous émettez sur ce que vous ne comprenez pas. C’est pourrait-on dire, sans volonté de faire de l’ironie, dommage.
Vous poursuivez : « La raison s’efface devant le besoin. » Besoin de croire, je présume. Or, il y a méprise sur la notion de besoin (voir mon précédent post). L’homme, Pascal en l’occurrence, n’était pas aux prises avc le besoin de croire mais avec le besoin de sens. Et oui, alors nous sommes d’accord, la raison et impuissante à faire émerger le sens d’où son effacement.
Voilà ce qu’on pouvait vous répondre succintement. Je vous souhaite maintenant, non de longues plages de sable fin, mais de longues plages de réflexion, infiniment meilleures pour les hommes faillibles que nous sommes tous.
Respectueusement
Cher Reno, je vous remercie de revenir sur le sujet de Pascal. Pascal justement précisait que "le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point." Aussi il est totalement vain de vouloir cerner le phénomène religieux (au sens de relation personnelle au divin), à l’aide d’outils "rationnels" classiques. Par contre, et je vous rejoindrais là-dessus, la religion au sens de religion instituée, est un phénomène social qui, lui, est redevable de toutes les analyses possibles que peut fournir l’appareil critique de la raison la plus classique. C’est d’ailleurs bien ce qui anime souvent les débats que nous avons ici même sur Oumma.com, aussi je ne vous ai pas attendu pour en parler "autour de moi".
Par son "pari", Pascal montre bien qu’il ne s’inscrit pas vraiment dans une pensée chrétienne, mais véritablement musulmane. En effet, le christianisme s’est constitué sur la certitude de l’incarnation du divin. Pour un chrétien, il y a des preuves. Pas besoin de pari. Par contre, pour un musulman, le divin n’est pas atteignable, il ne s’incarne pas, il peut donc faire l’objet d’un pari, du pari pascalien. Et, même sans parler de l’espérance, fût-elle mathématique, le pari pascalien est d’emblée gagnant pour celui qui a éprouvé "ici et maintenant" la relation personnelle au divin.
Bonjour Waglioni
J’ai lu votre post et l’idée de preuve constituée autour du divin dans le christianisme soulève des interrogations. En effet, si preuve il y a au sein de cette religion, comment expliquer la désaffection des générations actuelles à son égard ? Les parents, ainsi que les personnes en charge de l’éducation religieuse devraient voir leur mission facilitée puisque que leur message a un caractère prouvé... Or, il s’avère que non. La société s’éloigne de sa religion.
Partant de là, ce que vous désignez comme preuve semblerait davantage correspondre à la notion de dogme.
Par ailleurs, rien ne permet d’affirmer que Pascal ait été musulman. Il était croyant, c’est certain (« Joie, joie, pleurs de joie »), mais un croyant hors conventions, car sa foi ne s’enracinait pas (en fin de vie) dans un message exotérique mais dans une révélation intime à caractère mystique ( sa nuit de feu). En l’état, cela ne fait pas de de lui un homme rattaché au message de notre Prophète (SWS). Mais cela en fait certainement un homme d’une haute élévation spirituelle. D’où la valeur de son pari dont la portée est universelle, car ce pari interpelle chacun sur la question de la vie et de la mort.
Voilà juste quelques idées rapides qui telles quelles peuvent être débattues (rien de dogmatique là-dedans....)
A bientôt peut-être !
(tentative de) réponse au questionneur : en effet, cela ne vous a pas échappé, il n’y avait pas écrit "musulman" sur la carte d’identité de Pascal. Or pourtant, pour oser son "pari", il est clair (pour moi) que Pascal se tient bien plus près du point de vue de l’Islam que de celui du christianisme. Et non plus que de “preuves”, s’entendent pour ceux qui ont telle croyance, il n’est question ici de dire que le christianisme possède des preuve de ce qu’il enseigne, mais qu’il le donne comme prouvé, avéré, attesté. Alors ces "preuves", on les prend comme telles, sans les discuter, si l’on est chrétien, et par dessus tout, le récit de l’incarnation du divin. C’est là en effet le dogme de cette religion. Mais si l’on est musulman, on se garde bien de ne serait-ce qu’effleurer cette idée.
"croyant hors conventions", je retiens la formule.
Merci de votre réponse Waglioni.
Je tente à mon tour une réponse car je trouve cet échange d’idées intéressant, (d’où mon remerciement).
Vous écrivez : “ces "preuves", on les prend comme telles, sans les discuter, si l’on est chrétien, et par dessus tout, le récit de l’incarnation du divin.” Je comprends par là (mais je peux me tromper), que le dogme chrétien annulerait la dimension du doute. Ceci constituerait l’idée force qu’il faut retenir. D’où, effectivement l’inanité du pari auprès des chrétiens et le « rapatriement » de Pascal chez les musulmans pour lesquels le doute existe (je cite votre expression:pour un musulman, le divin n’est pas atteignable). Ce qui nous ramène à la nécessité de convaincre.
Je dois confier que je ne souscris pas à cette lecture du pari pascalien, en conséquence de quoi, je me permets de risquer une autre analyse. L’existence (ou la non-existence) du doute n’est pas fonction de la religion pratiquée, mais fonction du degré d’élévation de la compréhension du message révélé, et cela indépendamment de la religion concernée. Ce qui redistribue la notion de doute parmi les trois monothéismes, dans leurs degrés inférieurs. Et ce qui, dans les degrés supérieurs, autorise une mystique aussi bien en Islam que chez les religions soeurs (qui reconnaissent Abraham, l’Ami d’Allah, Exalté soit-Il). Cette analyse opère un déplacement d’une vision comparative des religions sur une base horizontale (celle qui doute et celle qui ne doute pas) à une lecture transversale du fait religieux selon un axe vertical (le doute serait universel et contiendrait des degrés).
Point besoin alors, de voir en Pascal un musulman. Au contraire, de par le partage du doute entre tous les hommes, son pari intéresse l’humanité entière et engage tout un chacun dans sa responsabilité d’homme.
Une précision, néanmoins:cette analyse ne sous-entend pas que toutes les religions fusionnent dans un grand amalgame indistinct. Il est important de ne pas confondre les messages, mais il est d’égale importance de tous les respecter dans leurs différences, et de ne pas leur refuser, me semble-t-il, ce à quoi ils ont droit.
Ceci n’est bien sûr qu’un point de vue qui n’a pas pour mission de s’imposer coûte que coûte.... Laissons la réflexion aller là où elle doit aller. Il est bon, parfois, de pratiquer le lâcher prise....
Respectueusement
Cher Just, l’autre compréhension que vous avez du pari pascalien ne me convient pas. Elle est trop générale, et tend à l’indifférence (de toutes les religions entre elles) comme d’ailleurs vous en percevez le risque. Non, je maintiens la version "islamique" du pari, du doute mis en pari. Car certes le doute est universel, mais il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de savoir si le doute s’inscrit dans telle ou telle croyance. Et la situation se résume bien à votre expression :
« Je comprends par là (mais je peux me tromper), que le dogme chrétien annulerait la dimension du doute. Ceci constituerait l’idée force qu’il faut retenir. D’où, effectivement l’inanité du pari auprès des chrétiens et le « rapatriement » de Pascal chez les musulmans pour lesquels le doute existe (je cite votre expression : pour un musulman, le divin n’est pas atteignable). »
Une réflexion que vous complétez par un
« Ce qui nous ramène à la nécessité de convaincre. »
dont je peine à voir la pertinence. Mais revenons au doute et à son pari dans le cadre musulman. Il n’est pas indifférent de savoir que le "triangle de Pascal", qui permet de calculer les coefficients du développement des puissances successives du binôme, si utile pour calculer les nombres, respectivement, des cas favorables et de ceux possibles dans les "parties" de jeu, et dont le quotient représente une probabilité, ce fameux triangle fut d’étude intensive par les mathématiciens de la sphère islamique, avant Pascal (et par ceux, chinois, dans des temps encore antérieurs). Ce que je veux rappeler, c’est que la spéculation est une sorte de spécialité orientale, que le Coran nous y invite à chaque syllabe, et que le "doute mis en pari" en est une belle illustration.
Salam à tous,
Un grand merci à Raphael FEUR, de cette intervention bien pertinente et d’actualité en ce moment de grands conflits inter-musulmans, inter-courants, inter-ethni et rithes voir inter-pratiques ! Voilà comment je perçois ce message. Les différentes pratiques de la réligion et interprétations des musulmans importent peu. ALORS pourquoi tous ces conflits, haines et guerres. Sunnites/Chiites ; Wahabite, malikite ; Hanbalite, Chafiite, Ibadites..etc
Nous avons vraiment besoin de voies de la sagesse, raison et médiation pour s’unir autour des fondamentaux de bon sens !
L’ouverture, tolérance et diversité font la richesse de la oumma..
Raphael Feur donne de cas d’école intéressants..
salam
Bonjour waglioni,
Je vous rejoins sur le fait que Pascal a abordé la question du salut sous l’angle de la spéculation a partir d’une équation d’ordre rationnel (l’éternité contre cette vie). Cela peut s’expliquer par le fait que les hommes ne s’élevent que très rarement à un niveau purement contemplatif. De ce fait, Pascal a dû composer avec les limites humaines et s’adresser à l’outil intellectuel qui permet chez l’homme une réflexion arbitrée : la raison. Faute de grives, on mange des merles dit-on.... car nous pouvons concéder que choisir rationnellement entre le paradis et l’enfer n’est qu’un pis-aller.... Il serait naturellement tellement plus simple de faire son choix en connaissance de cause : mais alors nous aurions quitté la sphère spéculative pour celle du "goût", où le doute s’abolit pour laisser place à ce que les soufis appellent la certitude. Ce n’est pas donné à tous les hommes.
Maintenant, là où nos réflexions divergent, c’est sur la place attribuée à la spéculation dans la pensée de Pascal. De mon point de vue, l’importance de cette place est à relativiser. En effet, le philosophe fait une utilisation ancillaire de la raison. Il a mis son pari spéculatif au service de sa certitude d’un au-delà, au service de la réalisation du salut des hommes. En d’autres termes, il a placé la pensée spéculative au service du sacré. C’est une hiérarchie subtile qui n’enferme pas le philosophe sur sa raison mais au contraire la dépasse pour ouvrir sur l’infini. Donc, je peux dire que je saisis en Pascal un horizon beaucoup plus vaste et pénétrant que celui de la spéculation pure et simple. Et à ce titre, le pari de Pascal continue de m’apparaitre comme universel car ouvert sur l’homme en sa totalité. Pari profondément spirituel.
Voilà quelques idées qu’il m’apparaissait intéressant d’émettre. Il y a certainement d’autres choses à dire.... A votre libre inspiration !
Cordialement
reno dites moi ce que jouir de la vie signifie pour vous et en quoi nous ne vivons pas ou très peu ???soyez claire.
de plus le joueur c vous et non les croyants.
vous vous tenez sur rien et vivez comme si il n’y avait rien apres c votre pari pas le notre !!!!!alors qu’est ce que veut dire jouir de la vie ???
merci pour cette intervention, ce que je retiens surtout c’est cette tentative de toucher à l’essentiel au but final qui est l’ultime degré de la foi en dieu à travers cette relation direct et sincere avec son créateur, relation exempt de tout opportunisme, appartenace et apparence .