Mercredi 8 February 2012
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Qu’est-ce que la charia ?

Au sommaire d’OummaTV, Eric Younès Geoffroy revient sur la définition de la charia dont il estime que le sens véritable a été dévié au profit d’une hypertrophie du droit musulman, alors que le message de l’Islam est avant tout spirituel. Dans la langue Arabe , la charia ne signifie pas loi, mais « le chemin qui mène à la source ». La charia est donc « cette voie large qui mène l’humanité à la source divine. » Islamologue, maître de conférence au département des études islamiques et arabiques de l’Université Marc Bloch à Strasbourg. Eric Younès Geoffroy est notamment l’auteur de « L’islam sera spirituel ou ne sera plus » . aux éditions du Seuil.

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Commentaires

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Bonjour

Tout à fait d’accord avec les propos de Monsieur GEOFFROY. J’aurais cependant aimé entendre quelques exemples concrets de ces glissements.

En effet, aujourd’hui, le spirituel passe au second plan, pour ne pas dire à la trappe, et n’importe qui s’aroge le droit d’asséner ses oukases en se fondant sur une hypothétique charia ou sur le fikh.

Mais si la charia est la voie c’est-à-dire, un cheminement personnel vers la source, elle ne peut être que personnelle et individuelle et si le fikh est le droit musulman, divers comme chacun sait et aussi divers que les peuples musulmans,peut-on présenter ses dispositions comme étant une obligation religieuse comme on l’entends ici ou là ?

La diversité de ce droit est due à la diversité des coutumes tribales qui le constituent car ce droit n’est finalement que la compilation et l’adaptation des diverses coutumes à l’oeuvre dans la période de la mise en place du système islamique.

Certaines dispositions du fikh et même du Coran - telles par exemple l’esclavage ou le concubinage - sont certes aujourd’hui pratiquement interdites, mais cela est dû non pas à une évolution ou à une réforme de l’Islam mais plutôt au mouvement de sécularisation et de modernisation de certains Etats islamiques.

Merci Monsieur GEOFFROY pour vos interventions

Shems

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Bravo M.Eric Geoffroy !
L’émission d’Oumma est bizarre sur mon écran, digne des débuts du cinéma par saccades...À l’ère du numérique, c’est étonnant.

Votre exposé est pourtant extra sur la sharia, le "fiqh" et la spiritualité comme votre dénonciation de l’hypertrophie du fiqh, c’est-à-dire du droit musulman, aux dépens des autres disciplines intellectuelles et spirituelles.

En turc, "fikir" signifie intelligent et la faculté de l’âme mise alors en oeuvre nous met sur la voie qui mène à la source, à Dieu même. Nous sommes dans un domaine strictement religieux.

Oublier cet aspect spirituel, c’est confondre des écoles juridiques y comprises et la vie tout comme la lettre et l’esprit.

Paradoxalement, la lettre est utile dans toutes les disciplines sans oublier la poésie. Il ne s’agit donc pas de la monopoliser au service d’une seule faculté (même universitaire !). Je revendiquerai comme vous le faites l’appel à la philosophie, y compris son étude des religions et des spiritualités.

Cordialement.
Liliane Bénard

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Je suis parfaitement d’accord avec M. Geoffroy dans ce qu’il dit au sujet du côté spirituel bien négligé de la charia, qui aurait certainement dû être pris en compte de manière aussi importante que le côté juridique. C’est pour cette raison que les juristes modernes parlent de la lettre et de l’esprit de la loi, et non de la lettre seulement, car sans l’esprit de la loi, on peut més-interpréter la loi de la manière la plus abusive, en toute bonne conscience.

Mais, à mon avis, le problème de la charia provient, en grande partie, du fait qu’on l’a sacralisée, bien à tort. D’après les experts, il n’y a que quelques centaines de versets coraniques qui traitent de questions de droit, et ils ne représentent que quelques 5 % de ce qu’on appelle la charia aujourd’hui. Or, la majorité des musulmans croit que la charia a été établie par Dieu, alors qu’à 95 % elle est l’oeuvre des hommes.

Tout au long des siècles, les juristes se sont évertués à trouver les dispositions à appliquer à toutes les questions que le Coran n’a pas abordées expressément, càd l’écrasante majorité des questions de la vie quotidienne des hommes, des femmes et des enfants.

Or, même si ces « interprètes » de la charia ont agi de bonne foi (ce qui est probablement souvent le cas), ils ne pouvaient parler que de ce qu’ils connaissaient à leur époque. Ce qui leur paraissait raisonnable en leur temps n’est pas nécessairement raisonnable au 21è siècle.

Alors, pourquoi faudrait-il considérer que leurs décisions juridiques sont immuables, qu’elles sont sacrées, alors que ce ne sont que des décisions humaines, prises par des gens qui n’avaient aucune prétention de figer la loi musulmane pour l’éternité ?

D’ailleurs, la preuve que la loi musulmane n’est pas figée pour l’éternité, c’est qu’on a accepté, dès l’origine, qu’il y ait des dizaines d’interprétations divergentes des textes, incompatibles entre elles. La majorité de ces écoles juridiques a disparu, au cours des 14 siècles, mais 5 grandes écoles ont survécu jusqu’à nos jours (Abou Hanifa, Malik ibn Anas, Chafi’i, Ibn Hanbal, Chi’a). S’il y a 5 interprétations des mêmes textes, qui sont divergentes, incompatibles entre elles, mais qui sont également valables, c’est bien la preuve que la charia n’est pas figée, qu’elle peut faire l’objet d’adaptations en fonction des populations, de leurs coutumes et traditions, et du changement de leur situation avec le passage du temps.

Ceux qui objectent à cela sont motivés par les facteurs les plus divers, mais leurs motivations n’ont rien à voir avec la religion : uniquement leur manque de connaissances, leur conditionnement culturel, leur environnement social, leurs intérêts personnels, etc.

Par exemple, le Coran spécifie de couper la main du voleur. Ce n’était pas une innovation qu’il introduisait, il ne faisait que constater la pratique de l’époque, qu’il aurait été bien difficile de modifier, puisqu’il n’existait ni police, ni tribunaux, ni prisons, à l’époque. Faut-il, pour autant, continuer à couper la main des voleurs pour l’éternité ?

Si on veut faire cela, il faudrait figer toute la société musulmane à sa situation de l’an 632, à la mort du Prophète. Les musulmans devraient se déplacer sur des dromadaires, habiter sous la tente, etc. Au lieu de cela, les groupes religieux fondamentalistes, qui sont les plus conservateurs, n’hésitent pas à déclarer que le divorce par l’envoi d’un simple SMS est compatible avec la charia (re : en Malaisie), estimant que les spécifications de la charia peuvent être réinterprétés pour tenir compte du progrès technique.

Mais ce sont les mêmes groupes qui, tout en autorisant le divorce par SMS, remettent en vigueur la pratique de couper la main des voleurs, quand ils accèdent au pouvoir.

Cela témoigne d’une très grande confusion dans les esprits des leaders de ces groupes, ou d’un grand programme de manipulation des esprits de la population, en utilisant la religion comme outil pour imposer à la population, en fait, leurs propres conceptions des choses (et non celles de la religion).

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Pourquoi les Musulmans n’elisent-ils pas un "savant" ou religieux qui serait l’equivalent du Pape ?

un homme qui, avec l’aide d’un "clerge" serait capable d’expliquer ce que dit le Coran en general et la charia en particulier ou comment etre un Musulman au 21 eme siecle ?

Evidemement il y a de nombreuses difference telles que chez les Sunnites et les Chiites, chacun pouvant avoir leur "Pape" ou leader spirituel.

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fabrice a dit :

« Pourquoi les Musulmans n’elisent-ils pas un "savant" ou religieux qui serait l’equivalent du Pape ?
un homme qui, avec l’aide d’un "clerge" serait capable d’expliquer ce que dit le Coran en general et la charia en particulier ou comment etre un Musulman au 21 eme siecle ?
Evidemement il y a de nombreuses difference telles que chez les Sunnites et les Chiites, chacun pouvant avoir leur "Pape" ou leader spirituel » :

Mais les citoyens musulmans n’ont pas besoin d’élire un « un grand- savant- colonel- général en chef... » puisque vous êtes là maintenant fabrice.

Quelqu’un qui vient avec une idée aussi saugrenue ne peut être qu’un « hyper-extra » ignorant de ce qu’est l’Islam ou alors vous faites preuve de mauvaise foi, auquel cas, c’est une mauvaise blague, une blague de mauvais goût.

Par ailleurs Ali et shems ont également saisi l’occasion pour pour s’engouffrer dans la brèche loin de la voie pour ressortir la prose de dénigrement habituelle concernant l’Islam.

M. Geoffroy dit que le spirituel ne doit pas être négligé.

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Merci pour ces précisions de qualité qui méritent d’ètre largement répandues et entendues par tous et plus particuliérement par certains religieux qui monopolisent les ondes pour entretenir l’immobilisme ! Cependant on se sent davantage interpelé par vos propos !

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Une loi immuable qui se réfère à une époque disparue et à une société guerrière vivant dans le désert d’Arabie.

C’est le grand problème de l’islam : il n’est plus en phase avec le présent, et depuis longtemps. Le retour en arrière est impossible ou ferait perdre beaucoup de temps.

Une solution : foncer devant pour ne pas regarder la réalité derrière. Avec tous les problèmes qui en résultent.

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Bonjour

Mais pourquoi naj pense-t-il que ceux qui ne sont pas d’accord avec lui dénigrent forcément l’Islam ?

Pourquoi cette attitude défensive envers ceux qui osent discuter tel ou tel point ?

Et pourquoi qualifier de saugrenue toute idée qui n’entre pas dans le cadre traditionnel ou qui ne correspond pas à la doxa ?

Personne ne qualifie pourtant vos idées de dépassées. Et puis arrêtez de parler au nom des Musulmans ils n’ont pas besoin de vous pour les défendre, contentez vous d’appuyer vos opinions par des arguments valables, c’est largement suffisant.

Il faut apprendre à accepter les opinions des autres même lorsqu’elles sont différentes des vôtres et à les discuter avec plus de respect. Je sais que cela ne fait pas partie des habitudes mais ces habitudes doivent changer.

Sans rancune et merci pour votre attention

Shems

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Bonjour

Toujours à l’attention de Naj. Vous parlez au nom des citoyens musulmans, pouvez-vous m’expliquer ce que cela veut dire exactement "citoyens musulmans" et dans quelle contrée ils se trouvent ?

Shems

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Shems a dit :

Toujours à l’attention de Naj. Vous parlez au nom des citoyens musulmans, pouvez-vous m’expliquer ce que cela veut dire exactement "citoyens musulmans" et dans quelle contrée ils se trouvent ?

Tout d’abord, je suis une femme.

Ensuite je n’ai jamais avancé l’idée que je parlais au nom de tous les citoyens de confession musulmane mais lorsque certains se permettent de parler des citoyens de confession musulamane pratiquants en généralisant alors la réponse se veut génaralisante également.

Vous ne connaissez pas ou vous ne féquentez pas de citoyens de confession musulmane ? c’est votre droit d’avoir des affinité électives.

Dans quelle contrée ? notre beau pays la France.

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Bonjour

Je ne voudrais pas trop polémiquer avec vous Naj mais c’est bien vous qui avez écrit :

"Mais les citoyens musulmans n’ont pas besoin d’élire un « un grand- savant- colonel- général en chef... » puisque vous êtes là maintenant fabrice"

C’est votre opinion et je la respecte mais ce n’est peut-être pas celle de tous les Musulmans. Fabrice n’est certainement pas un ignorant et son idée n’est pas si saugrenue que cela. Sans aller jusqu’au Pape, je pense qu’il faut en discuter car les Musulmans ressentent souvent le besoin d’un guide

Par ailleurs je trouve que vous rejetez les opinions qui ne vous conviennent pas d’une façon plutôt cavalière, il faudrait aussi appuyer vos dires par des arguments que tout un chacun pourrait discuter. Cela ferait avancer les choses.

Excusez-moi de vous avoir pris pour un homme. Quant à moi peu importe que vous me preniez pour un homme ou une femme, le sexe importe peu dans ce genre de débat.

Quant à la citoyenneté ce n’est pas aussi facile que vous semblez le penser. Ce n’est pas parce que les Musulmans vivent dans un pays comme la France, c’est-à-dire démocratiquue qu’ils sont forcément des citoyens ou que l’on doive les considérer comme tels.

Pour être citoyens il faut je pense remplir un certain nombre de conditions. La citoyenneté consiste certes en un ensemble de droits et je crois qu’à ce sujet les Musulmans sont, à juste titre, très forts lorsqu’il s’agit de les réclamer, mais c’est surtout et avant tout, un ensemble de devoirs et c’est là où le bât blesse.

Parmi ces devoirs le respect de la loi - de la République puisqu’il s’agit de la France - le respect des libertés individuelles et j’en passe doivent constituer un préalable. La loi religieuse n’entre pas en ligne de compte dans la citoyenneté elle est de l’ordre du discrétionnaire.

Or que voyons-nous souvent ? Des Musulmans culpabilisés par d’autres Musulmans - certes pas tous mais généralement avec la complicité d’une majorité d’entre eux - parce qu’ils ne respectent pas les rites, les rituels ou les interdits islamiques. Des Musulmanes qui sont obligées de porter le hijab par obligation familiale ou sociale et personne ne s’élève franchement pour dénoncer cet état de choses.

Si les Musulmans de France étaient des citoyens comme vous le pensez, la loi républicaine devrait être pour eux le premier critère de comportement, la religion étant du ressort du privé et de l’individuel.

Ce n’est pas facile d’être un citoyen car cela exige l’acceptation du changement social et le respect de la liberté de conscience ce que les Musulmans, même de France n’ont pas encore assimilé.

Le fait de soutenir mordicus le fikh et ce que l’on appelle communément charia, c’est-à-dire un droit musulman dépassé, qui n’a plus de lien avec les sociétés d’aujourd’hui, nous montre si besoin est, que les Musulmans ne sont pas encore prêts pour le changement social

Je ne prétends nullement que vous n’êtes pas une bonne citoyenne mais je pense que beaucoup de Musulmans de France et d’ailleurs ne le sont pas et ne peuvent pas l’être.

A bientôt

Shems

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Bonjour Shems,

Vous avancez  : « C’est votre opinion et je la respecte mais ce n’est peut-être pas celle de tous les Musulmans » :

Vous le leur avez demandé ? Vous avez fait un questionnaire
Le Vrai Guide a toujours été là et sera toujours là. Il n’y a pas de clergé en Islam.

Vous ajoutez : « Par ailleurs je trouve que vous rejetez les opinions qui ne vous conviennent pas d’une façon plutôt cavalière » :

Comme il est coutume de dire, à question cavalière réponse cavalière.

Pour le reste, vous avancez des arguments qui sont toujours les mêmes que d’autres intervenants : la redondance n’avance à rien.

Si vous voulez connaître mes arguments, je vous renvoie à une discussion que j’ai eue avec un dénommé ou une dénommée « kazdin » au bas de l’article intitulé :

« L’équipe de France de Football n’était-elle pas à l’image du gouvernement français ? » ici-même sur oumma.com.

Bonne journée.

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Chacun prétend savoir ce qu’est la charia. M.Eric Geoffroy nous montre qu’il faut distinguer le droit musulman, souvent contradictoire et la voie enseignée par Dieu dans le Coran.

Tout lecteur pressé n’ira pas plus loin. Une belle aventure spirituelle nous invite pourtant à franchir plusieurs étapes afin d’accéder à l’inspiration et au dévoilement.

Ces deux concepts sont sans rupture avec la littéralité du Texte sacré qui ne change pas. Les lecteurs seuls peuvent évoluer, y compris par étapes vers la lumière ou un point d’eau si symboliques.

Amitiés.
Liliane Bénard