Peut-on parler d’un regain spirituel qui ne se réfère plus systématiquement aux formes religieuses traditionnelles ? Une question à laquelle répond Bruno Abd-al-Haqq Guiderdoni qui affirme qu’il « ne peut y avoir de spiritualité en dehors du religieux. Car la spiritualité fait essentiellement référence à ce souffle que Dieu a mis dans l’être humain au moment de la création ». Astrophysicien, directeur de l’Observatoire de Lyon et de l’Institut des Hautes Etudes Islamiques. Il supervise également le dialogue entre science et foi pour la Communauté Religieuse Islamique italienne.
Commentaires
Abd-al-Haqq Ismaïl Guiderdoni, votre prénom et votre nom révèle bien le monde d’illusions où nous vivons. La foi nous dit que Dieu veille comme l’unique réalité !
Il veille donc sur les religions qui devraient nous faire voir l’essentiel à savoir le passage de la mort à la vraie Vie. Notre esprit en est capable lorsqu’il prend conscience que nous sommes mortels tout autant que les civilisations, les plus anciennes et les plus jeunes. C’est lui qui porte des jugements métaphysiques, esthétiques et moraux...Vous rappelez qu’il s’agit du "rûh" arabe, don de Dieu.
Ce monde n’est jouable que si l’homme ne se prend pas pour Dieu, seul capable de résusciter les morts et s’il fait usage de son esprit ici et maintenant pour l’éternité.
Notre esprit distingue ce qu’il faut rejeter dans la nuit des temps et répéter seulement ce qui vaut vraiment, notre perception de l’existence de Dieu, invisible comme Son esprit ou Son souffle...
"Des hommes et des Dieux" est en train de faire un tabac en France, on approche des 3 mlns d’entrées. Inattendu, notamment sur le plan médiatique (Yves Calvi lui avait consacré un numéro de C/dans l’air avec l’inégalable Odon Vallet), les raisons du succès de ce film sont-elles peut-être à chercher dans ce que rappelle Monsieur Guiderdoni : la dette de sens, la recherche de plus d’authenticité...(et de silence aussi).
Amha, la religion quand elle se fait "moralisatrice" (et elle n’est pas la seule !) néglige sa (seule ?) fonction qui consiste à unifier, justement par la voie de l’exaltation pour ce qui a du sens.
Je l’attends, quant à moi, à son tournant le moins instrumentalisable, quand elle se fait, par exemple,..."gratis pro Déo".
Le mot souffle est l’un de mes termes préférés :)
La terminologie mystique, en général, me fascine car elle dévoile (kashf), aussi, un peu de ce qui est resté voilé (indicible). Allez, un exemple, prenez le terme orf (d’où est tiré le terme âref, si je ne m’abuse) pour "odeur", qqn comme Rumi y avait souvent recours, j’vous mets l’extrait :
"Le livre du soufi n’est pas composé d’encre et de lettres : ce n’est qu’un coeur blanc comme neige. La possession du savant, ce sont les marques de plumes. Quelle est la possession du soufi ? Des marques de pas. Le soufi suit la piste du gibier comme un chasseur : il voit les traces du daim musqué et suit l’empreinte de ses pas. Pendant un temps, les traces du daim sont pour lui un indice sûr, mais ensuite c’est la glande musquée du daim qui le guide. Faire une étape guidée par l’odeur de la glande musquée vaut mieux que cent étapes à suivre les traces dans une course vagabonde."
Au sujet du balancier, que "serait" l’histoire, j’viens d’entendre ce matin cette réflexion (j’ne me souviens plus de l’auteur) : "Jadis quand je voulais ennuyer mes élèves, je leur parlais de religion, pour les passionner, en revanche, je leur causais de politique". Nous sommes aujourd’hui, à en juger le succès du film, clairement dans la configuration inverse.
"Le désenchantement du monde", renvoie surtout a l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme , de Weber, qui concerne surtout l’occident, mais cet état d’esprit s’étend via la mondialisation marchande et les néo-évangélistes qui sévissent ça et là !
Avec la crise du capitalisme qui crée de graves problémes écologiques, éthiques et économiques, prouvant ainsi son incapacité à répondre aux attentes du monde, sinon par la guerre et le pillage, il est naturel que les gens se ressaisissent pour donner un sens a la vie !
Stephen Hawking prétend que l’Univers s’est crée tout seul. Pourquoi dit il cela ? Parce qu’à partir de conditions initiales précises et de quelques constantes fondamentales, le déploiement de l’Univers en état, tel que nous l’observons et le connaissons, était inscrit dès les premiers instants en puissance dans son "être" immobile. Par conséquent la vie elle même se trouvait être possible et inévitable statistiquement. Faite varier un tant soit peu une condition initiale ou une constante fondamentale et l’Univers se serait effondré, il aurait disfonctionné en quelque sorte, ne permettant pas par exemple aux étoiles de naitre spontanement des pressions et de la chaleur d’un nuage de gaz. En disant cela Stephen Hawking laisse penser que l’Univers est sans Providence ; que les miracles n’existent pas et qu’il n’y a pas d’intervention divine dans le processus en cours. Pour autant son assertion n’empeche pas le hasard et la liberté de se produire. En ceci, soit ce qu’on appelle Dieu est extérieur à l’Univers, ignore sa création, soit Il est l’Univers Lui même et s’accompli avec Lui à travers Nous dans l’Esprit. J’aurai tendance à préferer cette deuxieme possibilité car la premiere impliquerait la désertion de Dieu et la non nécessité de l’Univers.
Pour ce qui est d’une spiritualité sans Dieu, je vous propose une lecture de Comte Sponville intitulé : "L’esprit de l’athéisme."
En effet il existe des spiritualités qui se passe de l’hypothèse de Dieu comme le Bouddhisme ou le Zen.
Larvatus prodeo, vous disposez de plusieurs éléments. Vous manque peut-être une précision importante :
Dieu ne peut pas être considéré comme une hypothèse puisqu’Il est indémontrable. En quête d’une théorie de l’univers, on peut le concevoir comme un axiome. (Les axiomes et les postulats nécessaires pour énoncer une théorie sont indémontrables.
D’un point de vue coranique, Dieu est aussi inconnaissable pour l’homme. L’expression du souffle divin rend compte de Son existence et de notre conscience mais nous savons bien que la conscience est différente de la connaissance. Nous avons de plus conscience de notre ignorance.
L’axiome de Dieu créateur des mondes est très riche. Nous disposons en effet des signes de sa création et nous pouvons étudier des mondes et l’esprit humain qui en fait son objet d’étude, devient artiste et cherche le salut à travers tant d’erreurs et d’illusions.
Nous ignorons pourtant comment Dieu a créé les mondes. Nous savons simplement qu’Il lui suffit de dire sois pour que cela soit.
Notre acte de foi dépend aussi de cet axiome de départ. Nous aimerions démontrer que Dieu veille sur nous pour répondre à tant d’objections. Nous avons certes la certitude que la souffrance est une réalité mais aussi le bonheur...
Athées et croyants cherchent le bonheur et gèrent la souffrance, ce pourrait être une autre expression du "souffle de Dieu"...
Merci pour ce rappel. Toutefois je note avec amusement que vous n’avez pas répondu à la question posée : peut-il y avoir de spiritualité sans religion ? Que l’on juge qu’il est une cause à l’espoir spirituel des hommes est une chose, mais en quoi cela est-il incompatible avec une spiritualité perçue et vécue en dehors du cadre religieux ? Réponse aucun, ce manque de rigueur logique m’étonne pour un scientifique.
Hypothèse, idée, sentiment, comme vous voudrez. Cela dit le concevoir créateur c’est le concevoir extérieur. Or il est de bon sens d’estimer qu’en dehors de la matière en extension il n’est ni temps ni espace. Aussi il ne suffit pas de dire soit pour que ce soit car rien ne peut être dit là où Il se trouve. Par contre si Dieu est là, avec nous, c’est beaucoup plus interessant car nous en sommes l’emergence. D’ailleurs nous n’en sommes peut être pas les seuls dans l’Univers..
"Souffle de Dieu". Chez les Musulmans (école soufie), l’Expir divin : La Création. L’Inspir : le retour à Lui. Chez les Chrétiens, les deux faces de St. Jean.