Nous poursuivons notre programme spécial Ramadan avec une intervention d’ Eric Younès Geoffroy sur le pluralisme en Islam qui découle bien d’une volonté scripturaire, comme le rappelle un hadith du Prophète Muhammed (saws) : "Les divergences d’opinion [religieuses] au sein de ma communauté sont une source de miséricorde." Islamologue, maître de conférence au département des études islamiques et arabiques de l’Université Marc Bloch à Strasbourg, Eric Younès Geoffroy est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « L’islam sera spirituel ou ne sera plus » .
Commentaires
Une émission brillante qui présente un programme de recherche énorme :
Vraiment tout un programme qui met au jour notre ignorance.
La chute est aussi très belle sur la pensée unique, un concept pourtant trop politique. Le Pape de l’église catholique, lui-même, sait bien qu’il n’est pas Dieu. Il ne juge pas non plus les hommes ses frères. Il n’ignore pas le pluralisme des croyants qui devraient vivre pacifiquement l’éthique du désaccord.
Voilà un sujet d’une très grande importance et qui me touche beaucoup. Mille merci M. Geoffroy de rappeler à chacun d’entre nous, le devoir d’humilité, le respect et l’amour des différences d’interprétations. Il serait heureux que chacun mette en application l’idée que "seul Dieu sait". Merci.
salam aleykoum, merci au frère Younès de nous éclairer ainsi sur la pluralité bien réelle de l’islam. Vous faîtes bien Liliane d’évoquer le Pape Benoît XVI, je connais un certain nombre de chrétiens qui sont en complet désaccord avec lui sur différents sujets. Donc, au sein même du catholicisme, il y a de la diversité, du débat, des désaccords, derrière l’illusoire bloc monolithique du Vatican... Beaucoup de catholiques ont considéré par exemple que sa conférence de Ratisbonne associant l’islam à la violence fut catastrophique, tout autant que sa réhabilitation d’évêques intégristes et négationnistes. Maintenant, Benoît XVI fut-il animé par la miséricorde quand il décida de réintégrer ces évêques bannis par Jean-Paul II ? Ou bien était-ce une décision politique ?
Peut-être qu’il manque au propos de notre frère Younès la dimension politique de la pluralité dont il parle ? A l’évidence, il y a toujours une collusion entre pouvoir politique et pouvoir religieux à l’origine du succès des différents courants religieux. Cela est valable pour la chrétienté comme le montre par exemple l’histoire du protestantisme, de l’église anglicane, et même antérieurement, de l’église byzantine orthodoxe, mais c’est sans doute aussi valable pour l’islam. Il serait intéressant ici de voir à quels pouvoirs temporels particuliers ont été associées les différentes écoles de fiqh dans l’histoire de l’islam.
L’exemple de l’Arabie saoudite est édifiant : l’association d’un chef de tribu, Mouhammed ben Saoud et d’un imam, Mouhammed ibn Abdel-wahhab, au 18ème siècle, scelle le destin politico-religieux de ce qui deviendra l’Arabie Saoudite. Mais le wahhabisme, et son pendant, le salafisme, se seraient-ils diffusés comme ils l’ont fait dans nombre de pays musulmans sans le poids économique mondial acquis par l’Arabie Saoudite grâce à la manne pétrolière et son association avec les Etats-Unis ? Dans quel mesure le "succès" dans beaucoup de pays musulmans de l’islam rigoriste proposé par le salafisme doit beaucoup à la manne pétrolière et aux Etats-Unis ?
J’ai été outré de découvrir cette information terrible en juillet dernier : des kamikazes se sont fait sauter près du tombeau d’un grand saint soufi à Lahore au Pakistan où étaient réunis plus de 2000 personnes pour se recueillir et prier, hommes, femmes et enfants... cet attentat a tué 42 personnes et en a blessé bien plus. Or le saint soufi en question, Data Ganj Bakhsh, a contribué au 11ème siècle à islamiser le Pakistan !! Alors de quelle école de fiqh ou de quel courant religieux se réclament ces kamikazes ? Du wahabisme-salafisme qui diabolise le soufisme à travers livres, conférences, vidéos ? Je me pose la question...
la pluralité au sein de l’islam aurait-elle alors une limite morale ?
Soufiane
En ces temps d’ignorance, vos interventions sont d’une richesse et d’une finesse qui font du bien ! Merci !
Salam,
Le pluralisme semble effectivement affecter toutes les dimensions de l’activité humaine (science, philo, religion...).
@Soufiane,
Le pluralisme ( ici, religieux et culturel) me semble être avant tout un ’fait’ inévitable lié (comme le rappelle Marwan) au mécanisme de l’interprétation, d’abord, irréductible à une (si politiquement correcte) unité visible, ensuite.
N’étant pas convaincue (pour m’exprimer par antiphrase) de la pertinence de l’intrusion (autoritariste) du politique dans les sphères sus-mentionnées (religion-culture (social !)), la question de limite morale (au pluralisme) que vous soulevez ne se pose plus pour moi, du moins plus en ces termes.
Si le pluralisme semble appartenir à la modernité, ses racines s’implantent, en effet, déjà très en amont de l’Histoire (à vrai dire, de l’Histoire de toute la pensée humaine !).
Sans doute, évaluons-nous mieux aujourd’hui son importance, sa récurrence (au pluralisme). Ce qui conduit bon nombre de penseurs à enfin réfléchir moins sur un accomodement (œcuménisme, unionisme,...= pluralisme négatif) que sur la signification que recèle cette pluralité manifestement partout présente (en la prenant telle quelle = pluralisme positif).
Petite parenthèse, aviez-vous noté, s’agissant du fameux (et unique) chemin droit (serât-al-mostaghim), que certains versets coraniques déclinaient ce terme (chemin) également à la forme indéfinie ? :
"(Abraham) Reconnaissant envers Dieu pour ses bienfaits, Dieu l’a choisi et l’a dirigé sur une voie droite". (S16:121)
"Ya Sin. Par le sage Coran ! Tu es, en vérité, au nombre des prophètes et tu es envoyé pour guider les hommes sur une voie droite". (S36:1-4)
"Oui, nous t’avons accordé une éclatante victoire afin que Dieu te pardonne tes premiers et tes derniers péchés ; qu’il parachève sa grâce en toi ; qu’il te dirige sur une voie droite". (S48:1-2)
Précisons, toutefois, que pluralisme ne saurait équivaloir à relativisme.
Salam et bon Ramadhan à tous les musulmans.
Merci à Younès Geoffroy pour sa bonne intention et puisse Le Très-Haut l’en récompenser.
"La croyance prend la couleur du récipient qui la contient".
Ibn Arabi.
S’il n’y a pas de clergé en Islam, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de hiérarchie, bien au contraire. Celle-ci est établie selon des règles rigoureuses, garantes de l’orthodoxie la plus parfaite et du degré de légitimité de toutes les perceptions particulières, quel que soit le niveau où elles se situent.
Pas de clergé ne signifie pas "auberge espagnole" où chacun fait ce qu’il veut, comme il veut.
@Salima
"S’il n’y a pas de clergé en Islam, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de hiérarchie, bien au contraire...."
Quelle Hiérarchie ? je croyais que les Hommes étaient égaux devant DIEU ? tu veux bien m’éclairer stp.
salam aleykoum,
chère Salima, permettez-moi de m’inscrire en faux contre ce que vous dîtes d’une prétendue hiérarchie au sein de l’islam. Cela contredirait l’essence même de cette religion qui s’appuie sur le symbole du cercle plutôt que sur celui de la pyramide. Qu’il y ait des guides spirituels plus avancés sur la voie de la réalisation spirituelle que le commun des mortels, qui se mettent au service de la communauté musulmane, voire de l’humanité toute entière, ne contredit en rien l’absence foncière de hiérarchie en islam. Guider ne veut pas dire diriger, car au fondement du crédo islamique, il y a ce verset maintes fois répétés dans le Coran : "Allah guide qui Il veut". Allah précise même à plusieurs reprises dans le texte coranique que le Prophète lui-même (saloullah ’alih wa salam) ne peut pas guider les hommes malgré eux et que sa mission ne consiste qu’à leur rappeler l’unicité divine et l’éthique humaine qui en découle. Donc, le Prophète lui-même (saloullah ’alih wa salam) ne se positionnait pas au sommet d’une hiérarchie, mais plutôt comme un serviteur d’Allah, parfois même défaillant ! (le Coran lui-même témoigne de cette imperfection toute humaine du Prophète en plusieurs occurrences...). J’ajoute à cela que ce serviteur d’Allah prenait aussi conseil auprès de ses Suhabas ou Compagnons pour certaines questions cruciales (le conseil avisé de Salman el farsi (qu’Allah soit satisafait de lui) de creuser une tranchée pour la fameuse "bataille de la tranchée" qui sauva la communauté musulmane de Médine d’une attaque de milliers de soldats mecquois en est un exemple célèbre). Certes le Coran préconise également une obéissance au Prophète (saloullah ’alih wa salam), en cela, il est effectivement au sommet d’une hiérarchie, mais les hommes n’ont besoin de lui obéir aveuglément que dans la mesure où ils ne sont pas éclairés par la lumière de leur propre foi. Sur ce sujet très important, je vous propose de méditer ce verset 14 de la Sourate 49 Al-Hujurat ou "Les Appartements" :
Les nomades affirment : « Nous croyons en Dieu ! » Dis-leur : « Vous n’avez pas encore la foi ! Dites plutôt : “Nous nous sommes seulement soumis”, car la foi n’a pas encore pénétré dans vos cœurs. Mais si vous obéissez à Dieu et à Son Prophète, Il ne vous lésera en rien dans vos œuvres, car Dieu est Clément et Miséricordieux. »
Il y aurait donc clairement un temps pour l’obéissance à un guide spirituel, qui serait le temps de l’enfance spirituelle du croyant, et un temps pour l’autonomie et la responsabilité du croyant éclairé par sa seule foi sincère en Allah, et ce serait le temps de la maturité du croyant...
Alors au final, que vise l’islam ? n’est-ce pas une maturité spirituelle pour tout musulman et donc une indépendance vis-à-vis d’une quelconque hiérarchie ? et au fond, la seule dépendance du musulman qui vaille, n’est-ce pas sa dépendance à Allah ? Je crois que là est la clef de l’absence de hiérarchie au sein de l’islam.
merci Leïla pour votre message.
Soufiane
Salam alaykoum, je tiens juste à rappeler que le hadith cité par younès geoffroy n’en est pas un , un hadith ne peut contredire l texte coranique qui énonce clairement dans la sourate 3 (ali imrane) :" et accrochez vous tous fermement à la corde de Dieu." c’est pourquoi plusieurs savants musulmans dont cheikh al qardawi dans son ouvrage "tayssir al ma’assir" ou encore cheikh albani(expert du hadith) ne trouve aucune origine à ce hadith, en arabe on dit "la assla lahou " ce qui veut dire aucun fondement. Néanmoins, cette parole reste une parole populaire répandu chez les musulmans.
Triki Sami m’étonne car Éric Geoffroy ne cite pas, à mes yeux, de ahadîth, paroles du Prophète mais des paroles de musulmans savants et humbles, reconnaissant leur ignorance.
Il cite Abou Hanifa : "Je pense avoir raison mais si untel en face de moi a des arguments valables, même si je reste sur ma position, je vais créditer ce qu’il dit parce que Dieu seul sait »
Il cite aussi le grand mufti d’Egypte, un pays régi par le rite chafiite qui dit que pour donner un avis, il se réfère aux cinq rites : hanafite, malékite, chaféite, hanbalite et jafarite.
L’humilité ne rime pas avec l’anarchisme mais elle rend compte nous dit l’auteur de la complexité du monde auquel la parole de Dieu s’applique. Les contradictions sont apparentes, elles ne rendent compte que de la faiblesse de l’homme même s’il est juge et si son avis est requis.
La question est bien celle de l’autorité. Personne ne pouvant légitimement se prendre pour Dieu.
salam aleykoum,
oui effectivement, de quel hadith parle Triki Sami ?! j’ai réécouté notre frère Younès, et il ne cite aucun hadith mais une parole de Abou Hanifa et une autre d’un Cheikh soufi dont j’ai oublié le nom.
Soufiane
@Soufiane
Je suis bien d’accord avec le premier paragraphe de ton post (comme quoi, mise à part les opinions politiques on peut bien être d’accord), mais absolument pas, mais vraiment pas avec le second. Je me reconnais absolument pas dans le soufisme (attention ça ne veut pas dire que je suis wahhabite et les condamne) et je trouve "leur" prétention à dire que la spiritualité en islam c’est le soufisme un peu "gros", j’ai ma spiritualité que je définis comme une "spiritualité naturelle" et je n’ai pas besoin ni de guide ni de maître hormis, le sentier du prophète et la parole de DIEU.
Désolé mais comme scientifique pur et dur, je n’aime pas du tout comment ils parlent de DIEU, malgré toutes mes lectures soufies, et même des discussions avec EYG je suis assez sceptique de pouvoir un jour les comprendre.
@ Soufiane,
Veuillez me pardonner car je n’ai pas eu le temps de lire votre commentaire en entier (mais je le ferai, incha’Allah) mais juste les deux premières lignes à propos du cercle.
Oui effectivement, prenons le cercle : La hiérarchie y est symbolisée par le rayon qui conduit au centre.
Wa Salam.
salam aleykoum,
Mais Salima, les rayons d’un cercle sont par définition égaux ! comment le rayon peut-il alors symboliser la hiérarchie ?!
cher Amir, je comprends votre réticence vis-à-vis du soufisme, et je suis en partie d’accord avec vous car dans ce qui s’auto-estampille "soufisme", il y a à boire et à manger comme on dit, je pense qu’il peut y avoir dans une confrérie soufie autant de sectarisme intolérant que dans le salafisme, et sur ce sujet, je vous invite à lire "Self Islam" d’Abdennour Bidar qui y raconte ses déboires avec la Tariqa soufie Boutchichiya, qu’il a fini par quitter parce qu’il y aurait étouffé par manque de liberté d’expression... Je crois que Eric Younès Geoffroy lui-même a quitté une Tariqa soufie pour se rattacher à une autre, une information à vérifier toutefois... Donc oui, des "soufis" peuvent être aussi sectaires et orgueilleux que des salafistes. Mais sans doute que ni d’un côté, ni de l’autre il ne faut mettre tout le monde dans le même sac... Personnellement, j’aime beaucoup le Cheikh Khaled bentounès, je trouve que c’est un Cheikh soufi en phase avec notre époque, pas passéiste, mais plutôt tourné vers l’avenir, lisez ces livres si vous ne l’avez pas encore fait, peut-être que vous changerez d’avis ! Je vous conseille particulièrement "Le soufisme, coeur de l’islam" et "Thérapie de l’âme".
saha ftorkoum
Soufiane
@Soufiane
Je ne parle pas ni de sectarisme ni de racisme (pour le premier, une amie m’a raconté un peu l’ambiance, heureusement que je n’ai jamais cherché à être dans une tarîqa, sinon, je crois que ce n’est seulement cette dernière que j’aurais quitté, mais tout le bateau..).
D’ailleurs, c’est quoi un maître, il sert à quoi, pour moi c’est OVNI, et aussi ce respect presque une révérence qu’ont les disciples pour le maître me met mal à l’aise.
Pour les livres, merci, les ayant lu voilà quelques années, je les ai trouvé fort intéressants, mais je reconnais qu’à l’époque j’étais encore trop jeune pour en l’essence mais actuellement, j’ai bien peur que mon jugement soit trop sévère. Comme vous dites "il y a à boire et à manger « dans le livre de Bentounes.
J’ai beaucoup plus apprécié le dernier Livre de Mr Geoffroy qui est excellent et que je ne saurais que recommander à toute personne qui s’intéresse au soufisme mais à l’islam en général. D’ailleurs la seule fois que j’ai le plaisir de rencontrer l’auteur je n’ai pas le livre sur moi pour le faire signer et le discuter plus en détails.
Pour ce qui est de "Oui effectivement, prenons le cercle : La hiérarchie y est symbolisée par le rayon qui conduit au centre." ça me laisse sans parole, Je croyais que c’était la foi qui en cercles pas les hommes, mais voilà que
un étrange retournement les hommes ne sont plus égaux devant DIEU, de lion je lui préfère par analogie avec la thermodynamique :" LA FOI DÉPEND DU CHEMIN PARCOURU"
La pluralité c’est incontestablement par le prisme de l’abondance (kawthar) que j’aime le mieux l’aborder.
Quand, le nez collé aux devantures (de la connaissance religieuse), je distingue, ici, grâce et pardon, là, générosité et charité, plus loin encore, patience et ascèse, j’me dis, al-hamdo-lilâhé, je n’ai pas à faire de choix cornélien, je n’ai pas non plus à procéder à quelque élimination. Le destin de la pluralité était tout tracé.
S’agissant de la Vérité, de l’Ultime Réalité, de Dieu,..., l’Homme s’attend-il, dans cet ici et maintenant, à de la pure inclusivité ou de la pure exclusivité ? Un monde qui se caractérise justement par l’entremêlement de pureté et d’impureté, par la succession ou le mélange de vrai et de faux ?
Je m’explique.
Un verset avait retenu, tôt ce matin, toute mon attention :
"Il fait descendre une eau du ciel. Elle coule dans les vallées à la mesure de leur capacité. L’inondation charrie une écume qui surnage.
Ce que l’on fait fondre au feu pour retirer des bijoux et des outils, produit une écume semblable.
Ainsi Dieu propose en paraboles le vrai et le faux. L’écume s’en va au rebut, mais ce qui est utile aux hommes reste sur la terre. Dieu propose ainsi des paraboles." (S XIII : 17)
Se demander " Mais qui détient la vérité" ? est certainement la question la plus stérile qui soit, c’est hélas tjs cette dernière qu’on se pose, en premier.
Sinon, je suis d’accord avec l’idée de hierarchie (on a pas tous les mêmes mérites !), dans tous les domaines de l’existence, y compris dans celui, très restreint, de la mystique. Pas question, en revanche, que cette forme d’hierarchie déborde du cadre de sa propre existence pour se prolonger en une forme de pouvoir qu’on aurait sur les autres. Cette posture procède clairement de l’im-posture, puisque le Prophète clôtura ce très convoité statut (d’autorité).
Et la vérité transcende toute autorité humaine. J’insiste ( !), la frontière pluralisme/relativisme, quoique ténue, existe bel et bien.
Un livre à vous proposer qui date des années 90 : "Disputed Questions in Theology and the Philosophy of Religion" de John Hick.
Je n’ai lu que qques passages, cités en référence, le travail de pluralité s’étend ici au trois religions monothéistes.
salam aleykoum,
vous avez raison Amir, il peut y avoir une vénération très malsaine pour le Cheikh de la part de disciples "soufis". A ce sujet, j’aime bien ce proverbe bouddhiste qui dit : "si tu vois le Bouddha, tue-le !", ce qui signifie que la vénération du Bouddha, comme la vénération d’un Cheikh , est un obstacle majeur sur la voie de la réalisation spirituelle. Ce point rejoint notre dialogue sur l’absence de hiérarchie en islam : il ne peut y avoir de gourou en islam, car le musulman n’a qu’un seul maître, c’est Allah. Entre un Cheikh et son disciple, il ne peut y avoir que de l’amour, et le but du Cheikh est d’élever le disciple spirituellement et non de le dominer ! Le Cheikh authentique est donc au service du disciple et non l’inverse... il n’y a donc aucune hiérarchie, mais seulement des hommes qui vivent une expérience spirituelle qu’ils veulent partager avec d’autres par pure générosité...
saha ftorek khouya Amir !
@ Soufiane
Le rayon symbolise la Voie qui mène au Centre.
Il est le "Sirat el Mustaqim", La Voie Droite.
Peut-on dire que le degré de pureté du coeur (donc de Connaissance) est le même chez l’individu qui se trouve tout près de la circonférence en comparaison de ceux qui se rapprochent du Centre ?. Il y a hiérarchie. Et qui dit hiérarchie dit autorité.
Mais ... nos âmes rebelles n’aiment pas, mais alors pas du tout ça !.
Allez, bon f’tour !.
Cet anonyme qui répond à Soufiane nous renvoie à l’article auquel nous réagissons et que nous commentons.
Qu’est-ce donc en effet que nos âmes rebelles n"aiment pas, mais alors pas du tout ? Elles se rebellent contre toute domination de l’homme sur l’homme. Nous reconnaissons certes des êtres humains capables de prendre des initiatives, d’être initiateurs, de faire des propositions, en latin des "auctores". Leur autorité n’a rien de dominatrice, elle est un service et Dieu seul sait !
Eric Geoffroy a posé la bonne question : sait-on ce que signifie qu’il n’y a pas de magistère en islam ? Le Coran reconnait certes que les hommes sont inégaux mais aussi que l’égalité est un droit et que chacun doit recevoir un égal respect ; tous les hommes étant serviteurs de Dieu.
Le pluralité des avis voire même des institutions doit observer le même principe si elle se veut sur la voie droite, fondée sur la parole de Dieu.
La hiérarchie dont je parle et l’autorité qui en découle n’a rien à voir avec la domination de l’homme sur l’homme qui n’est que de l’ordre de l’Ego. Nous parlons d’autorité spirituelle (Idhn, Idjaza). En Islam, le meilleur est celui qui se rapproche le plus des Nobles Qualités du Prophète (Prière et Salut sur lui).
La rebellion à Dieu, à sa Loi, et à ceux qui sont autorisés légitimement à la formuler, sans obliger quiconque à s’y soumettre, n’est pas de même nature que la rebellion face aux tyrans, fussent-ils des religieux.
Hier,je voulais répondre à Leila et je n’ai pas réussi. J’espère que ce jour sera le bon.
Votre référence à John Hick est intéressante :
« Il a entretenu une polémique avec Joseph Ratzinger, qui le dénonça comme le représentant le plus en vue du « relativisme » religieux. Le thème directeur de Hick est l’égale dignité, l’égale vérité et l’égale efficacité en matière de salut de toutes les religions, idée qui n’est pas partagée par le catholicisme… »
C’est ce que dit une encyclopédie sur cet auteur.
Votre refus du relativisme pour les musulmans me semble pourtant relatif. Vous avez raison de faire confiance à la dernière révélation mais vous savez bien que cette confiance a été mise à mal par l’histoire et que le Prophète lui-même savait bien qu’il ne pouvait y contraindre personne. Le point de vue de Hick est celui d’un homme de foi qui rencontre à son tour de grandes oppositions. Il ne convient pas à mon avis de redouter les oppositions. Notre travail pourrait être de les comprendre puisqu’elles existent aussi dans l’islam. Le concept de pluralité est sans nul doute un instrument de choix.
Salam,
Encore une ou deux choses à ajouter avant que cette discussion ne disparaisse complètement de l’horizon.
Le rationalisme critique qui n’évite pas les impasses, mais qui au contraire, vient s’y coller comme la mouche à la vitre (Alain), semblerait constituer la base épistémologique du pluralisme (philosophique, scientifique, religieux).
Et l’obstacle, pour ce qui nous occupe,...c’est l’Homme, qui n’est assurément pas une tabula rasa sur laquelle viendrait s’inscrire aisément la vérité (pure). Normal donc que celle-ci (la vérité) se trouble, ne perdant, néanmoins, rien de son absoluité (>< relativisme), puisqu’elle dépasse l’obstacle, vraisemblablement par un procédé qui me rappelle étrangement le concept anglo-saxon de résilience. Voir notamment l’allégorie illustrée dans le verset 17 de la sourate le Tonnerre.
La foultitude de propositions, d’écoles, de voies, parfois, irréconciliables voire antinomiques, à partir d’un postulat identique (ex. le monothéisme) ne résulterait-elle pas justement de cette rencontre (Ciel et terre) de la vérité avec l’Homme dont le degré de compréhension l’affecterait (la vérité) de part en part ?
En me relisant, je réalise combien la rédaction d’une idée, d’une théorie est un exercice difficile et risqué.
J’me demande aussi s’il n’y a pas dans ce genre d’entreprise (quête de la vérité) une part de chance, de providence, allez savoir. Rationaliste moi ? assurément :)
A propos, je crois avoir résolu l’énigme TRIKI SAMI, lol.
Le hadis dont il parle est celui qui se trouve dans la petite intro. écrite, que je colle :
comme le rappelle un hadith du Prophète Muhammed (saws) : "Les divergences d’opinion [religieuses] au sein de ma communauté sont une source de miséricorde."
D’où sa réponse, dans laquelle il place cette tradition dans un rapport de force avec le verset coranique : " et accrochez vous tous fermement à la corde de Dieu"
Je lui répondrais bien, qu’avec une corde, si tant est qu’on ait l’oeil (déjà) du Prophète pour la voir, on peut tout aussi bien monter que descendre... :)
@Salima, Arkoun dans son livre "L’ABC de l’islam" (p54-55) écrit :
"L’enjeu ultime de toute cette évolution (historique) est celui de la distinction entre l’autorité et le pouvoir. L’autorité relève de la persuasion, de la conversion de la conscience à ce qui donne un sens à l’existence humaine. Il y a un mouvement libre du coeur-comme dit le Coran-pour obéir à une Voix qui m’élève par le sens qu’elle donne à mon existence. Cette Voix est celle de Dieu, du Prophète, du héros, du leader, du savant, du maître, du saint, du philosophe, etc.
Le pouvoir au contraire agit par la contrainte de la violence légale dont la légitimité est souvent usurpée et imposée par la force. [...]
Je suis redevable d’un sens véridique de ma conduite à la parole de telle autorité qui n’est jamais de l’autoritarisme. Ma conscience intériorise l’obéissance à cette autorité tant qu’elle ne dérive pas vers le pouvoir injuste. L’Alliance proposée dans la Parole de Dieu instaure la relation forte entre autorité et obéissance reconnaissante et même amoureuse."
Bonjour Liliane :)
Je n’ai pas vu votre message au moment où j’envoyais le mien (qui précède celui-ci, donc). Je crois que vous y trouverez quelque élément de réponse. Sinon, n’hésitez pas.
Amitiés.
salam aleykoum,
j’imagine que c’est Salima qui m’a répondu sur le thème du rayon ? Si oui, je veux vous dire d’abord que je savais que vous alliez me répondre cela, que telle était votre idée, mais je voulais que vous l’exprimiez vous-même... Alors donc pour vous, clairement, le degré de connaissance ou de rapprochement du divin correspond à un degré d’autorité sur une échelle hiérarchique ? Donc plus je suis proche du centre divin plus j’ai autorité pour guider les autres, c’est ça Salima ? Eh bien moi je vous réponds, comme le Coran le répète si souvent, qu’Allah guide qui Il veut, qu’Il est le seul Maître, et que même le Cheikh le plus proche possible du divin, le plus connaissant, se trouve sur la circonférence du cercle, comme tous les autres êtres humains. Un Cheikh, ça peut autant chuter, se tromper qu’un disciple débutant... Je crois que lorsqu’un disciple a compris cela, il a beaucoup avancé... il peut alors se retrouver seul face à Allah, sans associés... Voyez les Souhabas qui ont divinisé seydna Mouhammed (saloullah ’alih wa salem), quand celui-ci est mort, ils ont failli perdre la raison, et que leur a dit alors Abou Bakr el Seddiq le bien nommé (radhi Allah ’anhou) ? Ceci :
« Ceux qui adorent Muhammad, sachez que Muhammad est mort, ceux qui adorent Dieu, sachez que Dieu est vivant et ne meurt jamais ».
Et naturellement, qui a hérité du Khalifa ? Celui qui adorait Allah et non pas ceux qui adoraient Mouhammed (saloullah ’alih wa salem) ! D’où ce verset si important : "Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux" (S 49 V 13). Voilà à la rigueur une "hiérarchie" islamique. Mais dîtes-moi maintenant Salima, qui sait qui sont les plus pieux parmi les hommes à part Allah ? Si nous savions cela ma chère soeur en Allah, nous aurions sans doute beaucoup de surprises !!
saha ftorek !
Soufiane
Nous voyons bien qu’un soufie, connaisseur à la fois de l’histoire et des pratiques de cette voie peut rencontrer des oppositions "littéralistes", savantes à leur tour.
Jean-Paul Charnay a bien situé la voie soufie par delà les pratiques théologiques et juridiques pour que tout individu se rapproche de Dieu sans contradiction avec la sagesse coranique. Ne fait-elle pas le maximum pour libérer les hommes d’obligations excessives, liées à des politiques du même acabit ? Une religion qui apparaîtrait aussi trop contraignante risquerait aussi de contredire l’esprit de la loi...
La pluralité des points de vue sur les dons de Dieu qui ne sauraient se réduire aux Livres sacrés est l’occasion d’un véritable enrichissement.
Certes Allah a voulu la diversité, mais ce qui me pose problème ce sont ces dénominations : salaf, soufi, tabligh, etc.
Celles-ci ont déjà été instrumentalisées par le passé, dans l’esprit de l’adage diviser pour mieux régner, par les puissances coloniales. Aujourd’hui de la même façon, le soufisme est encouragé par des autorités nationales en crise de légitimité afin de contrer les tendances dites fondamentalistes ou salaf.
N’importe comment, la majorité ne se définit ni dans le salafisme, ni dans le soufisme, termes que l’on ne retrouve pas dans le Coran, mais se détermine comme musulmane. C’est le prophète Abraham qui dans le Coran se définit explicitement comme musulman.
Or, le musulman est avant tout musulman et non pas soufi ou salaf ou que sais-je.
Les soufis comme beaucoup d’entre eux le pensent, ne sont pas les seuls à prétendre à la dimension mystique ou à l’ésotérisme : cela relève d’une grave erreur et d’une grande prétention ! En effet, chaque musulman croit au ghayb (l’ésotérique ou ce qui caractérise l’essence d’Allah ou du divin).
Quant à la dimension purement littéraliste et légaliste du rapport au religieux des fondamentalistes dits salaf, quitte à juger et à excommunier les autres, relève aussi d’une grave erreur, celle de se mettre à la place de Dieu, oubliant très souvent Sa dimension de Miséricorde.
Bref, l’islam est un juste milieu. Et les muaulmans sont des musulmans comme le prophète les a dénommés. Après, chacun est responsable de s’appeler comme il veut, seul Allah jugera en fonction de l’intention ou nyia.
Pour ce qui est de la réalité, les gens font ce qu’ils veulent (libre arbitre), croient ou ne croient pas, et se définissent comme ils veulent, et cette diversité est en effet souhaitée et voulue par Dieu : Nulle contrainte en religion. Seul Allah est juge et savant.