L’Islam d’une scandaleuse

Au sommaire d’OummaTV, un entretien avec Catherine Stoll-Simon journaliste et poète, auteure de « Si Mahmoud ou la renaissance d’Isabelle Eberhardt » aux éditions Emina Soleil.

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Vendredi 30 Juillet 2010
L’Islam d’une scandaleuse
9 mars 2007

Au sommaire d’OummaTV, un entretien avec Catherine Stoll-Simon journaliste et poète, auteure de « Si Mahmoud ou la renaissance d’Isabelle Eberhardt » aux éditions Emina Soleil.

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Catherine Stoll- Simon

Journaliste et poète, est l’auteur de « Si Mahmoud ou la renaissance d’Isabelle Eberhardt » ; Editions Emina Soleil (en France) et Alpha éditions (en Algérie). De la rupture ontologique avec l’Occident à l’immersion dans le monde arabo-musulman, en passant par les étapes d’évolution intérieur menant vers l’Islam, cet essai, qui comprend également un cahier de photos, explore de l’intérieur la métamorphose d’ Isabelle l’Occidentale en Si Mahmoud, l’arabo- musulman...

Du même auteur, à lire sur oumma.com :

Vos réactions et commentaires sur cet article : L’Islam d’une scandaleuse

26 avril 2008
Philippe a dit :

Magnifique interview ! Quelle aisance dans l’expression ! Quelle connaissance du sujet ! Quelle passion exprimée ! Quelle beauté !

Merci, chère Catherine, pour ce récit enchanteur qui touche mes racines au plus profond !

22 novembre 2007
La ville aux milles coupoles nom qu’elle a su ecrire et transmettre dans le coeur des hommes qui lui rend un grand hommage symbole de l’union de l’europe et de l’afrique ainsi que des non-musulman invité par allah a le glorifier. Cette femmes étais au même titre que nasrudin dinet la preuve du pluralisme musulman qui par la connaissance du livre st se sont dresser dans le desert algeriens pour vivre avec simplicité l’amour d’allah et offrir le chemin de la liberté a leurs ames. Qu’allah agréer leur acte et leur face bénédiction.
11 mars 2007
mortalla a dit :

Mme Stoll-Simon décrit de manière remarquable l’adhésion/conversion de Isabelle - son passage de non musulman à musulman - avec l’objectivité d’un opérateur décrivant une expérience devant confirmer une théorie scientifique.

Elle décrit les résultats de la Grande Jihad d’Isabelle - la guerre contre son âme qu’elle a purifiée - et qui ont opéré cette métamorphose ; le Coran dit ‘’A réussi, certes, celui qui la purifie’’ (en 91/9). La Grande Jihad vaut mieux que la Petite qui reste un devoir, mais on ne la gagne que si on a réalisé la Grande.

Mme Stoll-Simon évoque une transformation intérieure grâce au ‘’Connais-toi toi-même’’ évoqué, ce me semble, dans un Hadith comme la voie royale pour accéder à la proximité. Quand elle parle de « lâcher de prise » pour être en état d’Islam, on ne peut manquer de songer aux ‘’hal’’ promis par les soufis dans la voie.

Cependant, il faut relever ces stigmates qu’elle colle à l’Islam comme tous les occidentaux qui méconnaissent cette religion : sens profond de la liberté, liberté individuelle, constitution de sujet autonome sont des fondamentaux propres à l’Occident et resteraient le gros du contentieux entre Islam et modernité. Isabelle aurait refusé le malaise de l’Occident et ses dérives en gardant ces fondamentaux qu’elle a acquise en Occident refusant ainsi les dérives de la société musulmane.

Il faut simplement rappeler que l’Islam est la religion qui a posé très tôt le principe de l’homme né libre pendant qu’en Europe, le serf était écartelé entre le seigneur du château et le curé de l’Eglise. Le Coran dit : sourate 39 verset 29 ‘’Allah a cité comme parabole un homme appartenant à des associés se querellant à son sujet et un (autre) homme appartenant à un seul homme : sont-ils égaux en exemple ? ‘’ ou encore ‘’… un esclave, propriété de son maître, dépourvu de tout pouvoir et un homme à qui Nous avons accordé de Notre part une bonne attribution dont il dépense en secret et en public. Sont-ils égaux ?’’ sourate 16 verset 75. Il y a eu plus d’un millénaire avant la déclaration des droits de l’homme.

Elle a raison de parler de dérives de la société musulmane qui a entraîné le musulman dans un enfermement qui a conduit à un immobilisme qui remonte à l’époque classique. N’est-ce pas là le gros débat en Islam ?

11 mars 2007
Amel a dit :
Excellente mise en perspective d’une personnalité grandiose comme Isabelle Eberhardt.
10 mars 2007
violette a dit :
A quand un lycée Isabelle Eberhardt ? voeu fraternel d’une fervente républicaine.
9 mars 2007
Dalila a dit :
Merci Catherine Stoll-Simon de nous faire connaître Isabelle Eberhard. J’ai été très impressionnée par la force de ce personnage.
9 mars 2007
Sylvie a dit :
L’ouverture d’esprit d’ Isabelle Eberhardt est un exemple de respect de la pluralité, comme il en existe très peu actuellement où beaucoup se referme d’une manière frileuse sur eux-mêmes, débouchant sur une islamophobie de plus en plus répandue et partagée.
9 mars 2007
Tariq 2 a dit :
Mes sympathies vont vers cette femme que est : Catherine stoll-Simon : en parlant de cette scandaleuse - isabelle Eberhard - Catherine, tu as parlé de toi, la musulmane de coeur, tolérente que tu es , belle et rebelle, comme l’a dit un ami internaute. Vivement la femme , l’avenir de l’homme... Chapeau pour ton témoignage, catherine. Un certain hamadi Abdelmoula de Zaâfrane et de Douz.
9 mars 2007
Ines a dit :
Cet hommage pour cette grande dame du monde s’imposait. Des femmes de la trempe d’ Isabelle Eberhard naissent une fois pas siècle.
9 mars 2007
Nasséra Hamouche a dit :

Portrait " Isabelle Eberhardt sa voie – sa foi en l’Islam " Nacéra Hamouche - 8 mars 2006 -

Première femme occidentale, journaliste écrivaine à s’engager aussi loin dans la civilisation musulmane, son œuvre comporte de nombreux articles, nouvelles, récits, romans, centrés sur l’Islam, publiés après sa mort. :Yasmina (1902), Le Major (1903), La Rivale (1904), Nouvelles algériennes (1905), Dans l’ombre chaude de l’islam (1906), Les Journaliers (1922) .

L’Europe aristocrate de la fin du XVIIIème siècle … quelque part sur les bords du lac Léman… Genève…un destin … Isabelle Eberhardt… mystique, mystérieuse ou intrinsèquement humaniste, éprise de liberté et de justice, européenne née dans la bonne société … ! L’Afrique du Nord… une langue, une culture, une religion…loin… la-bas… !

« Moi, à qui le paisible bonheur dans une ville d’Europe ne suffira jamais, j’ai conçu le projet hardi, pour moi réalisable, de m’établir au désert et d’y chercher à la fois la paix et les aventures, choses conciliables avec mon étrange nature » Isabelle Eberhardt - "Lettres et journaliers".

Fille d’aristocrates russes exilés, née à Genève en 1877, Isabelle Eberhardt, grandit dans une famille recomposée, cosmopolite, peu conformiste, libertaire, avec trois demi-frères, dans un environnement multiculturel et intellectuel qui développe chez elle une intarissable soif de découverte, une passion pour le monde arabe et l’Islam, encouragée par son « père » Alexandre Trophimowsky, arménien, philosophe, polyglotte. Elle apprend le Français, l’Allemand, le Russe, le Latin, l’Italien, un peu d’Anglais et l’Arabe.

Elle entend parler pour la première fois de l’Algérie par ses demis-frères engagés dans la légion militaire. Quand, à 20 ans, elle accompagne sa mère souhaitant se rapprocher de l’un de ses fils, elle découvre un pays, une culture, une religion qui vont l’imprégner totalement. Elle est fascinée par l’Islam et va recevoir la révélation comme une explosion en elle.« Je sentis une exaltation sans nom emporter mon âme vers les régions ignorées de l’extase ». Elle trouve son inspiration dans les médersas et les mosquées. Elle revendique seulement la liberté de se convertir à l’islam, d’aimer un peuple et un pays - l’Algérie - d’y vivre fièrement : « Nomade j’étais, quand toute petite je rêvais en regardant les routes, nomade je resterais toute ma vie, amoureuse des horizons changeants, des lointains encore inexplorés. »Isabelle Eberhardt.

Convertie à l’Islam, c’est déguisé en homme, drapé dans les plis de son burnous, botté en cavalier filali, qu’Isabelle Eberhardt va parcourir les immenses étendues sahariennes, à la manière des soldats bédouins, en route pour le sud constantinois.« A la place parlait et vivait un jeune musulman, un étudiant allant à la découverte de l’Islam. Isabelle était devenue Mahmoud Saadi. Dans sa vie et dans ses récits ce sera dorénavant ce nom qu’elle utilisera, le nom d’un jeune taleb voyageant pour s’instruire et qui parfois, d’un geste brusque, repoussait son guennour en arrière, découvrant un crane carré tout bosselé et qu’elle faisait raser à la mode orientale »écrit Edmonde Charles-Roux dans« Nomade j’étais, les années africaines d’Isabelle Eberhardt ».

Isabelle Eberhardt va faire une expérience profonde et mystique dans la "zaouïa" de Kenadsa, confrérie où elle est reçue en tant que "taleb", c’est-à-dire étudiant, plus précisément "demandeur de savoir " ou "voyageur en quête de sens". Elle va y trouver ce vieil Islam qui la fascine et qui va la conduire vers une forme de dépouillement et de contemplation. « Etre sain de corps, pur de toute souillure, après de grands bains d’eau fraîche, être simple et croire, n’avoir jamais douté, n’avoir jamais à lutter contre soi-même, attendre sans crainte et sans impatience l’heure inévitable de l’éternité… » !

En quittant Genève et en s’enfonçant de plus en plus au coeur du Sahara, Isabelle Eberhardt, née de père inconnu, déclarée « illégitime » à la naissance, va rompre définitivement avec l’Occident matérialiste et colonisateur. Elle va découvrir ces peuples du Sud qui seront les héros de ses écrits. Au contact de la population indigène, elle observe les gens, pose sur eux un regard d’une intense acuité, sans exotisme. Elle trouvera la réponse à sa problématique socio-psychique dans la culture et la religion musulmane. Ces musulmans- indigènes, Isabelle Eberhardt va non seulement prendre fait et cause pour eux contre les colonisateurs, mais elle va également les rejoindre dans son engagement spirituel. Ces êtres rejetés par la société colonisatrice, elle les suit dans leur vie, dans leur destin vers la mort, dans leur chemin vers Dieu.

Elle sillonne l’Algérie du Nord au Sud, d’Est en Ouest mais c’est à El Oued –dans le Sud- qu’ Isabelle revient, rencontre Slimène Ehnni, l’homme de sa vie, un jeune « soldat indigène » de l’armée française en Afrique du Nord, s’y installe, se marie avec la Fatiha seulement, selon le rite musulman. L’union de l’Européenne et du spahi indigène fait scandale. L’armée française lui refuse le mariage civil, l’enjoignant de quitter l’Algérie, estimant que son mode de vie est un facteur de troubles, ses fréquentations de zaouïas suscitaient la méfiance des colonisateurs français ! Exilée à Marseille pendant un an, elle obtient enfin l’autorisation d’épouser civilement en octobre 1901, Slimène, grand, visage fin, teint sombre, une famille de spahis engagés depuis trois générations, le Français étant sa langue autant que l’Arabe. Isabelle d’origine russe, obtient la nationalité française et le couple rejoint l’ Algérie en 1902.

Calomniée, espionnée, raillée par les colons« l’étrangère, la scandaleuse », des jours, des nuits, guettant le retour de Slimène retenu à la caserne- des permissions rares- une promotion qui s’envole- un solde dérisoire, un semblant de toit- un gourbi à Ain-Sefra, une volonté farouche … ! Pour son spahi, la nomade met le pied à terre, s’assagit. finies les grandes chevauchées –Mahmoud Saadi redeviendra Isabelle, habillée, vivant comme les femmes du Sud. « … Peu importeraient la misère, réelle maintenant, et la vie cloîtrée parmi les femmes arabes… Bénie serait même la dépendance absolue où je me trouve désormais vis-à-vis de Slimène - qu’elle appelle Rouh’ - mon âme… Mais ce qui me torture et me rend la vie à peine supportable, c’est la séparation d’avec lui et l’amère tristesse de ne pouvoir le voir que rarement, quelques instants furtifs.. ». Slimène en permission, après une longue absence, le dernier jour passé ensemble. Aïn Safra fut en octobre 1904 le théâtre d’une grave inondation, la ville emportée. Isabelle, affaiblie par la maladie est retrouvée morte dans les ruines de sa maison. Trois années d’un amour incommensurable ! Enterrée selon le rituel musulman, au cimetière de Aïn Sefra, sa tombe est jusqu’à nos jours visitée. Isabelle n’avait que 27 ans. De la mort, elle a écrit : " Tout le grand charme poignant de la vie vient peut-être de la certitude absolue de la mort. Si les choses devaient durer, elles nous sembleraient indignes d’attachement. " (A l’ombre chaude de l’Islam)

De sa courte vie, elle en fit un long voyage « .. la fièvre d’errer me reprendra, que je m’en irai ; oui, je sais que je suis encore bien loin de la sagesse des fakirs et des anachorètes musulmans… Au fond, cela serait la fin souhaitable quand la lassitude et le désenchantement viendront après des années- Finir dans la paix et le silence de quelque zaouïa du Sud, finir en récitant des oraisons extatiques, sans désirs ni regrets, en face des horizons splendides… !. Slimène, très affecté par la disparition d’Isabelle, ne lui survivra que trois ans.

Cent ans après sa mort, Isabelle Eberhardt reste un personnage fascinant. Une femme d’exception transcendée par une religion « l’Islam : « Ainsi, nomade et sans autre patrie que l’Islam…C’est bien la paix, le bonheur musulman- et qui sait ? peut-être bien la sagesse... »

Puisse Allah le Très-Miséricordieux nous en prémunir. Salam…Paix… ! Sources : multiples biographies –-romans -écrits- "Lettres et journaliers" d’Isabelle Eberhardt.

La naissance d’Isabelle Eberhardt a donné lieu à de multiples spéculations de la part de ses biographes. Certains ayant même soutenu la thèse de la paternité d’Arthur Rimbaud auquel elle est souvent comparée.

9 mars 2007
Belle, rebelle et spirituelle était la grande Isabelle Eberhardt.
9 mars 2007
Ghalia a dit :
Isabelle Eberhard mérritait bien cet hommage en cette période de journée de la femme.
9 mars 2007
Francis a dit :

Isabelle Eberhardt comme Louis Massignon ont été littéralement balayés de l’Histoire de France. Leurs parcours et leurs pensées ne sont pas enseignés à l’école de la République. Faut-il s’en étonner ? Non pas du tout, car ces deux grands personnages historiques ont eu le tort d’avoir été jugés trop « proches » du monde arabo-musulman perçus par certains comme étant un ennemi naturel pour « l’occident ».

Isabelle Eberhardt comme Louis Massignon ont compris de l’intérieur cette grande civilisation. Si leurs parcours et leurs pensées avaient été considérés comme il se doit, la France auraient donné naissance à une grande école d’orientalistes. Quand on voit dans les médias la présence permanente de ces « experts » ridicules du monde musulman dont certains ne savent même pas réciter l’alphabet arabe, on est tout simplement indigné que des sommités comme Isabelle Eberhardt ou comme Louis Massignon aient été tout simplement bannis l’Histoire de France pour des raisons bassement idéologiques. C’est scandaleux ! Isabelle Eberhardt comme Louis Massignon sont très connus en dehors des frontières de France.

9 mars 2007
Loïc a dit :
Personnalité exceptionnelle Isabelle Eberhard était une Laurence d’Arabie au féminin, mais sans l’esprit colonial qu’avait Laurence d’Arabie.
9 mars 2007
Kass a dit :
Merci Mme Stoll-Simon pour ce beau témoignage.
9 mars 2007
Soraya a dit :

La musulmane Isabelle Eberhardt que je ne réduis pas à cette belle religion était une féministe avant-gardiste qui n’a rien à voir avec les féministes bourgeoises et laico-intégristes du quartier latin, celles qui ont notamment lachement désigné à la vindicte des médias les filles voilées qui ne demandaient rien d’autres que de se vêtir librement avec la tenue qu’elles jugeaint la plus conforme à ce qu’elles sont.

Isabelle Eberhardt était une femme tournée vers l’universelle, courageuse et rebelle. Un exemple pour des générations de femmes.

9 mars 2007
Runner a dit :
Très intéressant et j’avoue que j’ignorais à ma grande honte l’existence d’un personnage qui semble fascinant.

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