« Démocrates » à géométrie variable : de la dénonciation de la démocratie frelatée en Iran à l’étrange silence sur la Tunisie

Il existe aujourd’hui de par le monde de vraies dictatures, de vraies démocraties, et en Afrique, dans les républiques d’Asie centrale et dans le monde arabe, des démocraties frelatées. Hommage du vice à la vertu puisque reconnaissant implicitement la supériorité de la démocratie et essayant d’en utiliser les rouages, elles n’en demeurent pas moins des dictatures déguisées en démocraties comme le loup de la fable en paisible grand’mère.

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Vendredi 30 Juillet 2010
« Démocrates » à géométrie variable : de la dénonciation de la démocratie frelatée en Iran à l’étrange silence sur la Tunisie
27 octobre 2009

Il existe aujourd’hui de par le monde de vraies dictatures, de vraies démocraties, et en Afrique, dans les républiques d’Asie centrale et dans le monde arabe, des démocraties frelatées. Hommage du vice à la vertu puisque reconnaissant implicitement la supériorité de la démocratie et essayant d’en utiliser les rouages, elles n’en demeurent pas moins des dictatures déguisées en démocraties comme le loup de la fable en paisible grand’mère.

De toutes ces démocraties frelatées, la Tunisie est certainement la plus sophistiquée. Le régime se targue, tout en torturant tous azimut depuis vingt ans, d’avoir signé toutes les conventions internationales sur les droits de l’homme. Il réprime avec une violence méthodique toutes les libertés individuelles et publiques, mais n’en organise pas moins régulièrement des parodies d’élections avec des faux partis d’opposition créés de toutes pièces.

Hier, le régime a commis un nième simulacre d’élections présidentielles et législatives dont la mission est de jeter comme d’habitude un voile de légalité démocratique sur des nominations décidées d’avance : celle du dictateur comme président à perpétuité de la monarcho-république et celles de « représentants du peuple » minutieusement choisis pour leur docilité dans le giron du parti du pouvoir et de ses satellites bombardés partis d’opposition. Les plus habiles faussaires ne peuvent abuser indéfiniment leur monde. Aujourd’hui le roi est nu et le régime tunisien apparaît sous son vrai jour, à savoir une dictature policière à forte connotation maffieuse.

Il n’empêche. Que cette élection soit une insulte à l’intelligence et à la dignité des Tunisiens. Que les opposants hurlent à la farce électorale. Qu’ils la dénoncent comme un affront à la démocratie détournant l’un de ses mécanismes pour en faire l’instrument de la légitimation de la dictature. Peu importe au dictateur. Seul le résultat compte et il est en sa faveur. Toutes les stratégies mises en place par l’opposition démocratique ont échoué. La participation, pour le principe et la protestation symbolique, prônée par certains politiciens, fait le jeu du pouvoir et n’apporte à ses partisans qu’un peu de publicité personnelle le temps d’une bulle médiatique.

La dictature sait choisir ses « opposants » et laisser les autres s’égosiller en vaines et futiles complaintes de la victime. L’appel au boycott s’avère tout aussi inefficace. De façon spontanée, la population déserte massivement les urnes mais prend garde à ne pas descendre dans la rue sachant qu’elle n’a aucune chance devant les hordes policières prêtes à tirer dans le tas. Or, du moment que le boycott est passif, le pouvoir n’en a cure puisqu’il peut gonfler tout autant le taux de participation que le score du président chronique.

Dès lors, la question est : que faire pour empêcher des faussaires patentés de commettre un forfait au vu et au su de tous, à commencer par les grands pays démocratiques ?

Il y a, certes, la nécessité de la mobilisation interne et le passage de la résistance civile passive à une résistance pacifique mais active. Elle relèvera toujours de la responsabilité des Tunisiens et d’eux seuls. La liberté, cela se mérite.

Reste la part qui leur échappe, à savoir la dimension internationale. Aujourd’hui, toutes les dictatures arabes, et la tunisienne en particulier, sont des protectorats occidentaux de facto. Quel ironique paradoxe de voir les vertueuses démocraties occidentales soutenir nos dictateurs, le mot d’ordre semblant être : si notre liberté est au prix de « leur » servitude, ainsi soit-il.

Nos dictateurs arabes, et le tunisien en particulier, ont acheté l’appui de l’Occident démocratique en se faisant les dociles supplétifs du contrôle du danger islamiste et de l’émigration clandestine, sans oublier les gros marchés et les petites corruptions. Guettez, le 26 octobre, les chaleureux télégrammes de félicitations au dictateur élu comme d’habitude à 90 %.

Pour nous, démocrates tunisiens et arabes, les choses sont claires. Nos dictateurs ont les Etats pour alliés, nous avons les sociétés civiles à nos côtés.

Que peuvent-elles et que doivent-elles faire pour nous aider à acquérir notre seconde indépendance et une vraie stabilité dans la région ?

Elles doivent poser un certain nombre de questions et exiger de leurs dirigeants des réponses claires. Comment peut-on être pour la démocratie chez soi et pour la dictature chez les voisins de palier ? Les dictateurs corrompus et honnis par leurs peuples sont-ils les pompiers ou les pyromanes des incendies allumés sur la rive sud ?

À long terme, qu’est ce qui est plus rentable pour l’Occident : avoir en face des régimes démocratiques, même avec une composante islamiste, ou des oligarchies militaires et policières corrompues et violentes en guerre civile déclarée ou larvée avec leurs peuples ?

Mais surtout, une vraie démocratie peut-elle porter à bout de bras une démocratie frelatée ? Autrement dit, une démocratie appuyant la dictature n’a-t-elle pas trahi ses propres idéaux et n’a-t-elle pas commencé son long chemin vers le statut d’une démocratie frelatée ?

Nelson Mandela disait qu’un homme ou un peuple n’est jamais aussi libre que quand il se bat pour la liberté d’un autre homme ou un autre peuple. A méditer par tous les démocrates à géométrie variable.

Moncef Marzouki, professeur de médecine, président d’honneur de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) co-auteur de l’ouvrage avec Vincent Geisser, Dictateurs en sursis.

Une voie démocratique pour le monde arabe, éditions de l’Atelier, vient de paraître (Préface de Noël Mamère).


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Vos réactions et commentaires sur cet article : « Démocrates » à géométrie variable : de la dénonciation de la démocratie frelatée en Iran à l’étrange silence sur la Tunisie

30 octobre 2009
Didier a dit :

A Rachid Zani

Une petite rectification concernant le rapport de la Cour des Comptes.

les 151 millions d’euros correspondent à la totalité des frais engagés pour la durée complète de la présidence française de l’Union Européenne (6 mois), par pour les frais de bouche.

Dans ces frais, il y avait notamment la réunion de l’Union pour la Méditerranée.

En outre, l’histoire de la douche présidentielle (à 245 000 euros et non à 12 millions)est une désinformation. Cette somme (245 000 euros) correspond à l’installation de bureaux (8 je pense) pour les réunions bipartites entre les 49 chefs d’état invités pour cette réunion. A ces 8 bureaux (dont on imagine l’équipement) a été adjointe une douche pour ceux qui souhaitaient.

Il a circulé aussi une runmeur sur un repas à 5 000 euros par convive, aucours de cette réunion de l’Union pour la Méditerranée, renseignements pris, le menu était à ... 310 euros !

30 octobre 2009
Reno le Dhimmi a dit :
Le fait de tuer les femmes prétendues adultères par lapidation est inscrit dans les lois iranienne. Ce n’est pas le cas de la Tunisie. Pourquoi ne nous parlez-vous pas des horreurs qui se déroulent dans bon nombre de pays musulmans : lapidation mais aussi excision, crimes d’honneur, jet d’acide au visage des femmes "déviantes", amputation, discrimination ou assassinats de Chrétiens. Où est donc votre indignation habitellement si exaltée ?
30 octobre 2009
Reno le Dhimmi a dit :

La Tunisie ne tue pas les femmes à coups de pierres ou ne pratique pas l’amputation, le mariage temporaire et autres joyeusetés qui enchantent les peuples soumis à une loi "divine", mais barbare.

"La france soutient les dictatures d’Afrique et surtout du monde arabo-musulman par crainte de voir des républiques islamiques dans ces pays". Quel gain de liberté, politique ou de conscience, une république islamique apporterait-elle ?

Comment se fait-il qu’aucun régime politique respectant la liberté d’opinion et de religion, et l’égalité des sexes ne soit apparu dans le monde musulman ? Serait-ce la religion qui s’y oppose ?

28 octobre 2009
Rachid Zani a dit :
C’est bien vrai : "on a les dirigeants qu’on mérite"dixit Moha. c’est valable pour la France également Moha,rassurez moi ? ce matin j’écoutais une info surprenante : les frais de bouches qu’aurait dépensé l’élysée au dernier sommet pour l’union pour la méditerranée : 151 millions d’€. Rien que ça !! Juste une mise à disposition d’un endroit plutôt coquet:bureau et sdbain pour le président exclusivement:tenez vous bien : 12millions d’€. Wouaw !c’est rondelet ! Faites ce que je dis,pas ce que je fais. Et dire que les français rééliront Nicolas Sarkosy en 2012. Ben ali o moins il a la le mérite d’être un démocrate...en devenir ou un dictateur en proie à la rédemption.
28 octobre 2009
Amirouche a dit :

@Franc-tireur

avant de sortir des ineptie comme vous le faites je vous dis :

"Il faut apprendre pour connaître, connaître pour comprendre, comprendre pour juger"

Apparemment votre savoir aussi s’est arrêté avec celui des arabes comme vous dites.

Pathétique.

27 octobre 2009
citoyenne et musulmane a dit :

Salam,

A méditer sur cet article trés pertinent : L’Occident, une certaine idée du monde... largement obsolète  ! Philippe Cohen - Marianne | Lundi 26 Octobre 2009

" l’Occident est malade de l’Occident "

Martine Bulard, du Monde diplomatique, et notre collaborateur Jack Dion, de Marianne, ont uni leurs efforts pour démontrer dans un essai que l’Occident est malade de l’Occident et qu’il faut donc rebâtir un nouvel universalisme.

Occident était la marque très reconnaissable de la droite anti-communiste dans les années 1960 et 1970. Le mur de Berlin est tombé, l’URSS a cédé la place à « une démocratie libre », en tout cas une économie de marché, mais le concept perdure dans l’intelligentsia comme si chacun tenait absolument à rester dans une maison non pas commune mais connue, avec ses bons et ses méchants, ses populations civilisées et les autres « à civiliser » . Ce n’est pas l’Occident en tant que continuité historique dont l’Antiquité est le référent dont il est question ici, mais bien l’occident en tant que synonyme de l’Ouest.

Martine Bulard et Jack Dion ont bien raison de pointer cet anachronisme qui n’en est pas un : l’Occident s’impose comme une évidence dans les discours sur le monde sans que plus personne ne prenne la peine de le définir. Et pour cause, selon eux, on serait bien en peine de montrer ce qu’il recouvre. Sûrement pas la géographie tant les frontières de l’univers des démocraties a bougé… « jusqu’au Caucase », écrivent-ils en citant l’éblouissement ridicule d’un Raphaël Glucksmann (le prince d’un EPAD intellectuel ?) observant les révolutions oranges d’Ukraine et de Géorgie.

L’Occident est un concept idéologique et sa renaissance l’est tout autant. Telle est, pour la résumer d’une phrase, la thèse des deux auteurs sur laquelle on les suivra bien volontiers, tant les exemples sont nombreux pour montrer comment quelques intellectuels néoconservateurs ont réussi, dans les années 1990 et 2000, une véritable OPA sur la planète intellectuelle.

Un nouvel universalisme ? Avec Pékin ? Oui mais voilà, la faillite du bushisme et les errements de sa diplomatie au Proche-Orient comme en Asie sont en train de ruiner ce courant. Et voici nos pauvres intellos parisiens, à nouveau orphelins d’idéologie, confrontés à un monde indéchiffrable qui fait vaciller tous leurs repères. Alors, bien souvent, les vieux réflexes reprennent le dessus. Enrôlés sous le drapeau bien commode des droits de l’homme, les intellos germanopratins – parmi lesquels on ne peut pas ranger un Taguieff, refugié dans le Jura… – pétitionnent contre une barbarie à visage humain qu’ils voient renaître périodiquement en un point ou un autre de la planète. Pauvres philosophes et pauvre philosophie… Il faut donc repenser le monde autrement. Et c’est là que nos deux confrères s’avancent avec une prudence de loup, échaudés par l’expérience de la faillite du communisme, qui a précédé celle des néoconservateurs. Loin de proposer une grammaire à l’usage du monde multipolaire – ils sont trop modestes pour cela – nos amis préfèrent jouer en contre. En montrant, d’abord, les limites du projet Obama, coincé entre la gestion de l’imperium militaire américain et le déclin de son poids économique.

En tonnant, ensuite, contre ceux que les auteurs appellent « les tenants du nouveau péril jaune », à savoir ceux qui dénoncent la façon dont la Chine monte en puissance tout en privant sa population non seulement de ses libertés mais aussi de sa dignité sociale. Voilà un chapitre, l’un des plus importants du livre, qui mériterait d’être discuté : faut-il percevoir dans la stratégie économique chinoise une transition vers le progrès, comme les deux auteurs semblent le sous-entendre (à l’instar d’un Hubert Védrine, d’ailleurs) ? Ou bien l’action de la Chine, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, doit-elle être comprise comme partie prenante du néolibéralisme, assurant la compression salariale mondiale par la menace des délocalisations ?

L’occident malade de l’occident par Martine Bulard et Jack Dion, 320 p, Fayard, 19 €.

27 octobre 2009
moha a dit :
La france soutient les dictatures d’Afrique et surtout du monde arabo-musulman par crainte de voir des républiques islamiques dans ces pays ; et de perdre ainsi son influence ; que ça soit sur le plan économique ; politique , stratégique et surtout culturelle ! on domine plus les gens par la culture que par autre chose ! Mais je suis tout a fait d’accord avec le fran-tireur ! car la responsabilité incombe avant tout aux peuples qui aiment leurs dictateurs ! vous n’avez qu’avoir l’amour des marocains pour le roi M6 , dont la richesse personnelle à augmenté d’une manière fulgurante depuis qu’il est monté sur le trône il y a dix ans , alors que le peuple s’appauvrit chaque jour davantage ! on a les dirigeants qu’on mérite !
27 octobre 2009
Waglioni a dit :
Oui, cet article souligne à quel point les discours sur la démocratie sonnent de plus en plus faux. Mais il a l’air de sous-tendre que l’Occident serait la sphère où s’épanouit ce joli concept. Or rien n’est plus faux, et depuis longtemps. En Occident, aussi, la démocratie n’est plus qu’un slogan creux.
27 octobre 2009
barbie hijabiste a dit :
je suis complètement d’ accord avec les propos de Mr Marzouki dans le sens où on n’ arrête pas de critiquer et boycotter le régime iranien pour son insolence(Ahmadinejad) , mais visiblement c’ est quand cela nous arrange , ( je dis "on" en faisant référence à la "France") vu que pour la Tunisie, Sarkozy est allé jusqu’à féliciter le nouveau (ou plutôt l’ ancien) président, malgré les libertés fondamentales inexistantes (et notamment d’ expression). Dès lors, on ne peut que considérer que Sarkozy approuve totalement ces pratiques ou alors qu’il n’ ose pas s’ exprimer pour des raisons qui l’ arrange (économiques...) La France est vraiment un pays hypocrites depuis longtemps , et comme l’ a dit Mr Marzouki c’ est une "démocratie a géométrie variable" !
27 octobre 2009
Franc-tireur a dit :

Tunisiens, algériens, marocains...saoudiens...même combat...perdu d’avance. Ces peuples ne sont bon qu’à être humilier car ils adorent cela. Tout comme un masochiste, ils aiment souffrir et être au mains des dictateurs. Mes cousins adorent Bouteflika par exemple et sont admiratif devant tel ou tel général qui a bien réussi.

Mais ces peuples, sont-ils utiles à l’humanité de nos jours ? moi je dis non. à part consommer, ils ne savent rien faire de leurs mains, ni de leurs têtes. Entre un arabe et japonais ou un allemand...l’utilité a trouvé son camp.

Il y a 4 siècles, les arabes ou arabo-berbères pour les puristes ont décidé de laisser l’histoire s’écrire sans eux en abandonnant leur principes et valeurs, celles des prophètes et des saints.

27 octobre 2009
lamine keb a dit :
La démocratie,la laicité,la liberté sont elles des valeurs interdites pour le monde arabe et l’Afrique ?Et pourquoi le sont-elles ?Un grand poete tunisien a dit un jour "si le peuple veut la vie et la liberté il faut que se casse les chaines de la peur"
27 octobre 2009
Gallactus a dit :
La tunisie est une dictature familliale comme au maroc ou en afrique, la france nous parlent de la tunisie (de son tourisme, de ces femmes, et bien sur de leur industrie venant d’europe (a quelle taux 80/20)… Mais qui pourrait nous sauver des armées de pharaon…

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